L'écho belge: journal quotidien du matin paraissant à Amsterdam

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21 December 1914
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s.n. 1914, 21 December. L'écho belge: journal quotidien du matin paraissant à Amsterdam. Seen on 02 June 2020, on https://nieuwsvandegrooteoorlog.hetarchief.be/en/pid/4b2x34nm3k/
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l«r« Année S cenfs (io Centimes) Lundi 21 Décembre 1914 L'ECHO BELGE L'Un ton fait la Force. Journal Quotidien du matin paraissant à Amsterdam Belge est notre nom de Famille. Toutes les lettres doivent être adressées au bureau de rédaction : au BHre^ vOORBUBGWAL 234-240. Téléphone: 2797. Rédacteur en Chef: 1 Gustave Jaspaers. 1 Charles Bernard, Charles Herblel, Comité de Rédaction : ' Gustave Peellaert, René Chambry, ( Emile Painparé. Pour les annonces, abonnements et vente au numéro, s'adresser à l'Administration du journal: 1V.Z. VOORBURGWAL 234-240. Téléphone: 1775. Abonnement I En Hollande fl. 1.50 par mois, payable par anticipation \ Etranger fl. 2.00 ■> H Arrêtez! XI y a quelques semaines j'insistais à cette place sur le droit et le devoir des nations neutres de signaler les actes des belligérants contraires au droit des gens. Les événements de jeudi dernier me semblent de nature à mettre ce devoir encore une fois en évidence. Le 17 de ce mois, à 8 heures du matin, des vaisseaux de guerre allemands ont bombardé la côte anglaise ; ils ont canonné les localités de Iiartlepool, Scarborough et "Whitby, le bilan des tués s'élève à 75 personnes, celui des blessés à environ 200. Il n'est pas douteux que cet acte ne soit con-trairo aux principes élémentaires du droit des gens, contraire aux décisions de la Convention de la Haye. Même pour les forts fortifiés on exige depuis 1899 que ceux-ci se trouvent dans la position de défense active et directe pour qu'un bombardement de ces ports soit justifié. Ensuite le commandant de la flotte est tenu de faire au préalable une sommation en règle, à moins que (comme le dit la Convention) des raisons d'ordre militaire ne supposent à cette sommation et n'exigent l'action directe sans avertissement préabable. Or, il est évident qu'en ^occurrence aucune raison d'ordre militaire ne pourrait être invoquée par le commandant de l'escadre allemande: la côte anglaise donnait d'un sommeil paisible, et ni la ville ni ses fortifications ne pensaient à une action militaire. L'escadre allemande, elle, ne nourrissait aucuu dessein de débarquement; sa triste besogne faite, elle s'est- éloignée a toute vapeur. Il n© s'agissait donc que d'un acte de terror isation, et cest uniquement pour cela qu'on a tue 75 et "blessé 200 personnes, c. à d. des non-combattants, des citoyens paisibles. Le cas du port de Scarborough est encore plus significatif: Scarborough est une place ouverte, non. fortifiée, et cependant la flotte allemande s'est permis de la bombarder a l'improviste au petit jour, et de massacrer les' habitants au mépris du texte et de l'esprit de la convention internationale dout l'Allemagne est co-signataire. Et tout cela sans autre but que de semer la terreur et l'épouvante parmi une population paisible : odiant dummodo metuant ! Je me demande si les pays neutres, signataires avec l'Allemagne de la Convention de 1899 et de celle de 1907, n'ont pas le devoir impérieux de protester hautement contre ce nouvel acte de barbarie d une nation qui à l'entendre parler ne fait qu'observer strictement le droit et les conventions, mais qui en réalité se fiche du droit comme un poison d'une pomme, qui sous le premier prétexte de nécessité militaire se permet de fouler aux pieds les principes mêmes du droit et de 1 humanité. Rappelons-nous tout ce qui est arrivé depuis le 1er août dernier ; répétens-le sur tous les tons, crions-le sur les toits, car ,,clou nartelé n'entre que plus avant" : L'Allemagne a violé la neutralité de la Belgique ; elle a commis cet acte odieux nonobstant le fait qu'elle avait garanti cette nême neutralité par sa signature; à ce propos, un magistrat éminent me disait fort justement: ,,si un avocat commettait un acte pareil, il serait passible de la révocation" ; L'Allemagne a incendié et pillé la ville de Louvain, soi-disant pour se venger de certains actes d'hostilité des habitants, e>n tout cas en dépassant de beaucoup le droit de représailles; elle a saccagé Malines et mis le feu à la cathédrale de Reims ; L'Allemagne a imposé aux villes belges envahies de fortes contributions de guerre ît les a accablées de réquisitions en nature; îlle a pris des otages pour garantir l'exécution de ses exigences; L'Allemagne a usé de représailles terribles contre quiconque s'insurgeait contre îlle; ainsi à Bruxelles elle a rendu civilement responsable la ville entière pour un iélit commis par deux agents de police ; L'Allemagne a lancé des bombes nuitamment sur la ville d'Anvers, où dormait jjie pauvre reine, fille de son sang ; elle a anoé des bombes un dimanche sur les iabitant6 de Paris et notamment sur Notre-)ame;L'Allemagne a bombardé sans aucun but Stratégique des ports anglais paisibles, nême non défendus ; Quousque tandem? Le moment n'est-il pas venu pour 1 humanité outragée des pays neutres de se dresser devant elle et de lui crier : halte ! Faites la guerre avec tous les moyens dont vous disposiez, mais souvenez-vous que vous appartenez à- oette famille des peuples de l'Occident pour qui les principes du droit et de la justice sont plus que de vains mots, sou venez-vous que l'heure va sonner du la paix sera rétablie et où l'humanité ira vou: d^*nand-"T compte de ce que vous Lvez fait, des crimes commis envers elle. Si vous avez encore le souci de votre propre dignité, au nom même de votre passé glorieux de peuple de penseurs, de philoso->hes, de poètes, de lutteurs pour un idéal le bonté, de justice, d'équité, arrêtez! VAILLANT, avocat à Amsterdam. —n Propos de Guerre. }) si maudites soient-elles, fa guerre et la haine ont au moim ennobli Vamour." Alexandre Hcpp. Xoits recevons an journal non seulement beaucoup de lettres /nais aussi beaucoup de visites. Parmi celles-ci, il en est d'agréables, il en est qui le sont peut-être un jpeu moins. C'est. 1a vie quotidienne, cela, et, la guerre n'a rien pu changer à cet état de choses. Les plus agréables — disons-le avec quelque sentiment d'.êgoisme bien humain après tout — sont celles qui ramènent des amis qu'on croyait disjtarus dans la tourmente ou exilés vers d'autres contrées accueillantes. Cela vous fait comme un petit coin de patrie nouvelle en territoire étranger. — Triste exilé! chante-t-on dans la ,,Reine de Chypre"! — Hier, j'eus l'agrément de revoir un joli sourire, qui me manquait en ces heures sans joie, et dont je n'avais point oublié la grâce ensoleillée. Il s'était fait plus grave, plus profond, comme reflétant une âme nouvelle, toute, frémissante d'héroïque espoir, d'idéal insoupçonné. Et cela m'étonna, un peu. J'avais connu cette jeune fille très moderne, libre d'allures, flirteuse et sceptique, dans la fièvre évaporée de pauvres niaiseries mondaines. Sans doute avait-elle, comme tout le monde, quelque part un fiancé trop blond et timide à l'excès, qui représentait à ses yeux la proche, liberté, le mariage décevez t mais conventionnel, avec son htre arn.olisZCuiïj ses thés clandestins dans des garçonnières amies, ses tares que, hélas! chez nous et en France, on avait un peu trop accoutumé d'e considérer commeunatio-nalc.s.Elle m'en parla hier, de ce fiancé — mais d'une voir, toute différente, avec quel poignant et douloureux accent. Ce, doux jeune, homme blond, passif et. effacé, était un héros. Il accomplit, simplement,, comme tous les nôtres, des prodiges au front. Elle m'en parla avec respect, avec dévotion, avec fierté.... Quel changement! Aujourd'hui l'imagé de son fiancé se confonde avec tout, ce qui fait, la suprême beauté de vivre: la. fierté morale, la noblesse du. sacrifice, la Patrie Elle l'aime ardemment, sincèrement; et l'amour, dont on croyait la source tarie, ressuscite 1 plus glorieux, plus fort que jamais, des cendres pourpres de la guerre! L'homme, en défendant une cause sainte, avec cette abnégation et ce courage, s'est racheté. Ces heures terribles l'ont grandi. Il retrouve son ancestral prestige; il redevient le môle protecteur et ;• vigilant. Une conception neuve, une vision différente du mariage peuvent surgir de la guerre. 1/ ne communion plus étroite dans de hautes et saints pehsécs, une plus réelle notion du devoir se précise, déjà. Et la jeune fille d'hier me donna l'espoir d'une femme, qui, demain, répondrait par de.s actes nobles aux calomnies d'une littérature fantaisiste, trop encline à déprécier les qualités de coeur et d'esprit que notre, race conserve pic.usement, comme les reliques d'un passé qui n'est point, mort encore G. P• m * ■ m-- : Déclarations de Monsieur de Broqueville, Le ,,New-York World" a profité de la présence à Londres de notre ministre de la guerre, pour lui poser la question suivante: Aux Etats Unis, des agences allemandes ont lancé le bruit que les nouvelles à propos de la situation désespérée de la Belgique ? la suite de l'invasion allemande avaient été fortement exagérées et que sous l'administration allemande, dans un délai de quelques mois, la famine sera évitée par la réouverture des fabriques et la reprise générale du commerce et de l'industrie. M. le baron de Broqueville a répondu ce qui suit: ,,Malheureusement, la situation actuelle est bien plus douloureuse qu'on ne le fait supposer. Et voici pourquoi: ,,Les réquisitions qui ont été faites et continuent à être faites dans toutes les parties de la Belgique, ont épuisé les ressources principales de notre pays. L'un des buts de ces réquisitions est de paralyser et de détruire le commerce et l'industrie belges.,,En outre, si même nos industries cessaient de chômer, on leur interdirait de vendre leurs produits à l'étranger, les privant ainsi de marchés. ,,Les incessantes réquisitions de vivres ont été non seulement cruelles, mais excessives et faites en violation des principes des lois internationales universellement reconnues jusqu'à présent, qui disent que l'occupation militaire d'un pays entraîne l'obligation pour l'occupant de pourvoir aux besoins de la population privée par le fait de 1 "occupation de ses moyens d'existence habituels. ,,La famine n'a été évitée jusqu'à présent que par les vivres fournis par la ,,Commission for Belgian Relief" établie grâce à la générosité du peuple américain et du peuple anglais Et si nos adversaires suggèrent que par la reprise du commerce et de l'industrie sous l'occupation allemande, nos compatriotes pourraient subvenir eux-mêmes à leur3 besoins, c'est une simple manoeuvre pour rendre les souffrances du peuple belge plus intenses en supprimant ces sources charitables/' En Belgique. A Bruxelles. Voici cemment un journaliste, repré&en tant de la nation qui a préoipité la Belgiqv. dans l'infortune, dépeint un coin de la bruxelloise. Pas un mot de regret, ,,pa. la moindre étincelle d'humanité, " pas une lueur de cette sensibilité qui devrait faire comprendre aux Allemands que, si la Belgique souffre, c'est leur faute ! Ce tableau est terrible. Il est un acte d7 accusation rédigé inconsciemment pai? un de nos ennemis contre son pays et ses compatriotes : ,,Celui qui prend le tram électrique ,,remarque quelque chose de particulier. Il' ,,y a de nouveau des journaux, avec toutes ,,sortes de nouveautés, des histoires tou-,,chantes,' des prix maxima pour la farine ,,et des offres de leçons de piano.: à les lire, ,,on pourrait passer le temps du voyage en ,,tramway. Mais le soir, il est presque impossible .de lire dans le tram électrique, ce ,,qui pouvait se faire jadis très facilement, ,,à l'aide de quatre fortes lampes électriques ,,au plafond du véhicule. On s'étonne, on ,,regarde vers le plafond, et on s'aperçoit ,,que maintenant, en temps de guerre, on ,,n'allume que la moitié des lampes. Et, à ,,cette constatation, s'éveille une singulière pensée : la moitié de la lumière, c'est le ,,symbole de tout ce qui se passe en ce ,,moment à Bruxelles." , ,11 parut à beaucoup de gens que c'en ,,était assez du deuil et de la retraite dans ,,des maisons éternellement closes. Les ,,audacieux disaient qu'il faillait enfin quit-,,ter la demi-obscurité des maisons et lever ,,entièrement les volets des fenêtres. Et ,,ceux des Bruxellois qui n'ont pas préféré ,,d'attendre à Londres ou dans un autre ,,repaire d'Angleterre la suite des événe-,,ments, avaient en partie répondu à cet ,,appel. D'ans les belles rues de la ville, ,,toutes les fenêtres de l'entresol furent ,, ouvertes, non pas seulement celle ,,qui donnent sur le jardin, mais cel-,,les de la rue. La volonté des ,,gens de participer à nouveau à la vie ,,ouverte semblait s'exprimer par là. Alors ,,les très courageux, qui ne prétendent à ,,aucun prix perdre leur bonne humeur, ,,devinrent encore plus exigeants. Ils décidèrent même de faire renaître la vieille ,,gaîté bruxelloise, et d'alléger par la farce ,,et la satyre les jours douloureux, les ,,adoucir aussi. Un homme sans peur aéra ,,le Théâtre de la Gaîté et l'ouvrit avec ,, l'autorisation de l'autorité allemande. ,,Depuis trois heures après-midi jusqu'à ,,onze heures du soir il donna la cojnédie. ,,Mais il se confirme que ce directeur de ,,théâtre a commencé trop tôt. Il trouve ' ,,peu de soutien. Il s'est trompé en tenant ! ,,ses concitoyens peur capables d'aimer déjà ,,le théâtre. Le public se montre avare. ,,Les Bruxellois ne supportent pas encore ,,le plein éclairage de la rampe. La demi-,,obscurité dans leur coeur et dans leurs ,,maisons, voilà encore leur sort et leur ,,volonté. Ils ne sont que quelques-uns ,,encore à se souhaiter hors de ce crépuscule. ,,La situation des chanteurs et des clian-,,teuses bruxellois, des danseuses et des ,,petits poètes de cabaret devient de ce fait ,,de joui* en jour plus difficile. ' Les plus ,,célèbres d'entre eux avaient assez d'argent ,,pour fuir et donnent en ce moment à , ,,Londres, comme nous l'apprenons à ,,Bruxelles, des concerts à pompe patrio-,,tique. Mais tous les acteurs de qualité ,,moyenne, les héroïnes d'opérette, les ,,beautés de revues et tout le monde sautillant des ballets, tout cela était resté, tout ,,cela se plaignait : du travail, du travail ,,et du pain. „Ils crièrent aussi longtemps qu'on trouva ,,abri pour eux aussi : dans le caveau de la ,,Gaité, où en temps de paix les reines ,,d'abord facile de la nuit tiennent leurs ,, assises. Le caveau de la Gaîté qui ,,sinon n'ouvrait que vers minuit, s'ouvre ,,mainteaant'dès trois heures de l'après-midi, ,,à l'heure du crépuscule de novembre. Et ,,le chant commence dans la dernière moitié ,,du jour. On comptait sur l'ennui des ,,gens et sur leur désir d'oublier tous soucis, ,,mais ce calcul fut faux. ,,8i en Allemagne-on laisse en ces temps-,,ci les théâtres ouverts, c'est' avec la con-,,science que nous sommes forts et libres et ,.en général on cultive en Allemagne main-,,tenant un art sérieux et élevé. Mais ceux ,,qui chantent dans le caveau de la Gaîté ,,essaient, avec une peine d'enfer, de s'éva-,,der des temps douloureux d'à présent et j ,,tentent, de toutes leurs forces, d'entraîner ,,avec eux leur public. On ne supporterait ,,pas uue allusion, pas un cri du coeur, ,,pas un mot qui parlerait des événements ,,actuels. On chansonne les archf-vieilles ,,histoires, les saletés, les fariboles, l'infidé-,,lité des femmes, le ridicule des cocus, les ,,agréments de l'amour et des dessous fé-,,minins. On reste dans ce qu'il y a de plus ,/plat. On devait rester dans l'ignoble, si un ..lieu de distraction pouvait revivre, pouvait ,,être toléré. Le visiteur du caveau éprouve ,,tout ce qu'il y a de force, tout ce qu'il y a ,,de douloreux dans leurs efforts. Il ,,voit que des pères et des mères de famille }})— des comiques, des chanteuses de clianson-j ,,nettes le6 plus légères peuvent posséder „des vertus familiales parfaites — que ces ,,artistes soucieux et grimés ont amené ,,leurs petits enfants au théâtre. Et la • fillette de douze ans entend ce que sa mère dit de l'infidélité des femmes. Voilà ica images que la guerre crée dans ce caveau. Peut-être que la chanteuse eût ,,préféré ne pas conduire son enfant au théâtre. Mais c'est l'hiver, le théâtre est ,,chauffé et on épargne ainsi du charbon à ,,la maison. Quelqu'un malgré cela par-,,vient-il à rire dans ce caveau? Qu'il gra-,,visse alors les marches du caveau pour regarder ce qui se passe autour de lui. Dans j,la pénombre d'une porte est assise une ,,vieille femme. Elle n'est pas protégée con-,,tre la pluie glaciale et la main qu'elle tend ,,vers l'aumône est gelée. Quelques pas plus ,,loin une femme plus jeune est assise sur le ,,rebord d'une fenêtre. Elle tient un bébé ,,dans les bras et trois petite enfants se tiennent à côte d'elle. Quelques pas plus loin ,,encore un gamin de dix ans s'adosse à un ,,mur, il n'a pas de chapeau, ses pieds et ,,ses jambes sont nus. Il n'a que des sabots. ,,Et cependant il neige, mais la neige fond >,rapidement en boue. ,,Certes tous ces pauvres, tous ceux qui ,,souffrent et qui s'efforcent avec l'éner-,,gie du désespoir à vivre encore, vivent dans ,,le crépuscule co itir uellement. On peut ,, aisé ment ne pas les veir. On peut même ,,oublier les artistes dans le caveau. Mais ,,alors on apprend un chiffre, un chiffre ,,court et sec et on s'effraie : cent mille personnes sont à charge de la charité publi-,,que dans Bruxelles et ses faubourgs. A Ânvers» Nous apprenons par uue personne qui arrive d'Anvers, que les agents do police n'ont pas fait le recensement que des maisons de maîtres, mais do tous les immeubles inoccupés. Ceci ne signifie pas nécessairement que ces maisons seront occupées par les troupes que l'on attend. * * * Quand viendront-elles ces fameuses troupes? De quels éléments seront-elles composées? Même, viendront-elles? Il est assez étrange que nous ayons vu revenir de l'Yser une rOui-breuse artillerie qui fut cantonnée aux environs du Kiel et prit bientôt après le chemin de l'Allemagne. Ne seront-ce que des fantassins, ceux qu'on attend? Nous le saurons toujours à temps! * * * Voici les prix atteints par quelques produits do première néces sité : pétrole : 0.90 frc. le litre; pain, 0.40; le sel se vend, par les soins de l'administration communale à raison de dix centimes le kilo, pris par dix kilos à la fois. A Liège, Liège l'ardente n'oublie pas et subit simplement uneo situation cjue les événements lui imposent, sans l'accepter. Les Allemands ne l'ignorent pas. Ils désent : Liège est conquise mais non soumise... Ils disent encore: Verviers nous supporte, Bruxelles nous tolère, Liège nous déteste... Même les petits enfants sont fidèles à leur pays,et à leur roi. Ils sont foule à avoir demandé à Saint Nicolas un unoiforme de soldat belge ou de pioupiou français et Saint Nicolas leur a apporté l'uniforme qu'ils désiraient. Sous cette casaque glorieuse, ils déambulent, les tout petits, fiers et braves. Et quelle plus spirituelle façon de narguer les Allemands. * a * Les Allemands ont coutume de dire que pour leur retour Liège est bien située mais que Namur sera sacrifié. A Spa, revenus du front, 800 soldats se reposent, rhumatisés, perclus... Pays «2e C^fîorleroi. La première chose qui frappe le voyageur revenu au pays après une longue absence, — c'est le sentiment de tristesse qui se dégage de toute chose ! On se sent, en vérité, mal à l'aise. Il semble qu'on ne puisse respirei à pleins poumons, librement. Et, ce qui surprend tout de suite, puis involontairement amène le sourire aux lèvres, c'est l'abondance de proclamations placardées partout, par les soins de }'autorité allemande. Les murs, aussi bien dans les villes que les villages, disparaissent sous les avis, On ne sait vraiment plus ce qu'il faut faire ni comment il faut faire. Cependant, malgré ces interdictions, douloureuses à notre amour de liberté, malgré les vexations malgré tout, — la confiance est grande ai. pays de Charleroi. Unanimité touchante de vues quant à l'issue de la guerre, favorable aux armes de nos alliés et au> nôtres, sentiment de confiance qui a gagnt toutes les classes de la société, élu plu: humble au plus riche. * * * Toutes les proclamations allemandes annonçant d'innombrables victoires, vieil lient se briser contre la foi de ces brave: gens. Il faudrait les entendre parler di Roi, les gens du peuple! Un vieux rnineui qui a ses deux fils à l'armée me parlait dr Roi, <Je son Roi et il en avait plein ls bouche. Il était persuadé que le Ro: Albert allait être nommé empereur de: Français, en récompense de son héroïque conduite! Il le croyait, dur comme fer el | il en pleurait de joie ! Et pourtant, dan; j notre pays de Charleroi, tout semble s'êtr( j ligué contre la population. Les mines ei les charbonnages chôment, les fils, souvent soutien de famille, sont à l'armée, le pain est rare au point qu'il faut parfois faire soixante-dix kilomètres de chemin pour s'en procurer deux kilos ! L'ennemi, en outre, accable les Wallons de ses vexations; tant de malheureux ont eu leurs maisons détruites et, comme je vous le élisais, malgré tout, encore et toujours, la plus belle des confiances ne cesse de leur fleurir le coeur! La seule chose énervante est le manque de nouvelles de source belge. Les journaux belges qui paraissent en Hollande, en France ou en Angleterre, quel que soit le ^ danger cle les introduire, peuvent être parfois obtenus, mais il faut être assez riche pour se les procurer. C'est ainsi qu'un numéro du ,,Times", vieux d'une semaine, se vend couramment 7 et 8 francs; le ,,Temps", le ,,Figaro" 5 francs, .,L'Echo Belge" 4 et 5 francs. ° « » * Quels sont, à présent, les endroits qui ont le plus souffert? Tout d'abord la grande chaussée de Bruxelles, détruite sur une longueur de plus d'un kilomètre. Les maisons en bordure de la route de Mons sont partiellement brûlées. Treize maisons ; sont anéanties de la rue d'Heigne au Pont | du Viaduc. L'aubette du tramway, près du viaduc, n'existe plus, de même que le café du Globe, le grand magasin de lingeries qui lui fait face, la rue du Grand-Central jusqu'à l'ancien hôpital. Quelques maisons | de maître de l'Avenue des Viaducs sont détruites, notamment celle de M. Passelecq, industriel, ancien directeur de charbonnages. L'établissement d'instruction et la chapelle des Joséphites, en fara du théâtre ,,Eden", le magasin de pianos, l'armurier voisin ne forment eju un amas de ruines. La désolation régne au carrefour formé par le boulçvard Audent, les rues ele la Montagne et Charles II. Les magasins de confections ,,Au Palais de l'Industrie", la chapellerie Gatty de Matir, le photographe d'art Deton-Cornaud, la maison Raphaël ont disparu. 4î- * * La rue Charles II a également beaucoup souffert! En partant de l'endroit où s'élevait la chapellerie Gathy-Dumortier et jusqu'au parc tout le boulevard Audent, le quartier riche de Charleroi, est rasé, à l'exception élu Collège des Jésuites et du Palais ele Justice. Dans le corps du lion de gauche qui orne(?) l'entrée du Palais de Justice j'ai compté douze trous, occasionnés par les balles allemandes, et dix dans le lion de droite. ^ De la coquette cité de Monceau-sur-Sam-bre il reste peu de choses : 167^ maisons y ont été détruites. Un fait qui établit nettement la préméditation : étant à Viesville, localité située à 15 kilomètres ele Monceau, les Allemands, se croyant arrivés à Monceau, voulaient tout brûler. Voici, en fin de correspondance, une anecdote elont je yous garantis 1 authenticité. Elle m'est arrivée personnellement. Je parle couramment le serbe, le russe et le polouais, comme toute ma famille. ^Or, récemment, me promenant a la tombee de la nuit avec mon frère, nous parlions serbe, afin que les Allemands ne^nous comprennent pas, lorsqu'un soldat vînt droit à nous et nous questionna en serbe. Il parlait admirablement serbe, lui aussi. Chemin faisant, nous arrivâmes à mon habitation et notre interlocuteur nous demanda la permission d'entrer. Il embrassa mes enfants, pleura abondamment les siens, maudit l'Allemagne et nous affirma qu'il croyait à la défaite des armes du pays pour lequel il combattait. Il était Polonais allemand mais souf-, frait cruellement ele la lourde domination allemande. Il nous quitta en pleurant et promit ele revenir. Ce qu'il fit le lendemain, en nous apportant, (il avait remarqué que nous n'avions comme mode d'éclairage que des bougies) -iîux cruches contenant chacune dix litres do pétrole. A La Pasine. De nombreux lecteurs nous demandent des nouvelles de La Panne.-On croit communément que' la coquette cité balneairo a été fortement endommagée par le tir des canons allemands. C'est une erreur. Coxydo a eu le baptême élu feu, mais La Panne est intacte. Actuellement, c'est le lieu do . convalescence eles officiers et des soldats belges. L'hôtel Teirlinck est rempli ele blessés qui achèvent de ' vSP rétablir. TTn courrier qui revient de la Flandre ocoidentale nous assure que la con-fianco est unanime et que chaque jour mar-j que un progrès pour les troupes belges et I alliées. . , ! Les habitants ele Coxyde, après les premiers cohps de canon, se sont réfugiés à La 1 Panne. Do sorte epi'on souffre un peu de œtte ' j surpopulation. A Clabecq. ! Il y a du travail trois jours sur six aux ; forges de Clabeccj. Les Allemands y ont offert deux mois de traitement au chef de station, s il consentait à travailler pour eux pendant quelques jours. Le refus fut catégorique. A ©isQuercca. > On travaille, comme si les Allemands ; n'étaient pas là, aux terrassements néoes i saires aux travaux de mise à. grande section ' > du. canal de Charleroi!... A T u b i z e. Les Prussiens ont interdit tout trawiil à la fabrique de soie artificielle, et l'on ne travaille dans auerune autre usine de la région. A Virginal. Les papeteries marchent, mais à demi temps seulement. Le soldat français jugé par urt Hollandais. Nous empruntons o,u ,,Temps" de Paris lu traduction d'un article remarquable de M. Charles Boissevain, directeur du ,,Algemeen Handelsblad" : ...Les Français eux-mêmes ne savent co que font leurs propres soldats. Les communie^ués militaires, c^ui, jusqu'à ces derniers jours, étaient très brefs, ne disent actuellement encore que très peu de choses. Les noms des officiers généraux, des endroits où les combats eurent lieu, des régiments et des troupes qui se elistinguèrent n'ont même pas été publiés. Il règne un silence impressionnant. Il a été publié depuis, dans le ,,Bulletin des armées" des demi-rapports cj[ui permettaient chaque fois de se rendre compte de ce ejui 6'étai^ passé au cours des deux dernières semaines, mais ces rapports étaient étrangement sobre' de détails et également peu démonstratifs. Mais quand je mo souviens — nonobstant les rapports ciroouscrits des camps do guerre — de tout ce que je lisais dans nombre d'organe.* français, anglais, allemands et suisses et do ce que j'apprenais d'amis en Franco et en Belgique, qui avaient été témoins des scènes de la guerre, je puis maintenant me former une très juste imnression des soldats français de 1914. Ce qu'ils firent et souffrirent me sèmblo égaler les actions les plus glorieuses et les plus-héroïques que contient l'histoire militaire. Et je m'empresse de reproduire l'image qui apparaît à mes yeux. Personne ne parle'sur le théâtre de la guerre où les Français campent, aucun gesta superflu n'est aperçu; les combattants, fermement résolus, marchent, lèvres closes, sérieux et contenus, puis rampent l'un derrière l'autre, sans bruit, dans les tranchées, où ils attendent jour et nuit dans l'eau et la 'boue, jusqu'à ce qu'un assaut, suivi d'un combat, homme contre homme, soit possible. Mais les occasions ne se présentent que rarement. La bêche est maniée continuellement, et la nuit — à la faveur du brouillard — les morts sont ensevelis et les soldats grièvement blessés emportés; mais en patientant, atte.ndant et veillant, sans aucune occasion de battre la semelle ou de marcher pour se réchauffer; une ligne, des défense et d'attaque de 300 milles anglais est protégéo sous l'explosion continuelle des grenades et l'éclatement des obus. Ils courent à tout moment la chance d'être assaillis ; ils ont à se défendre contre un eilnemi qui ne demande pas wmbien de milliers de vies cha-<jue attaque lui coûte. Mais les troupes, impassibles, tranquilles, obéissantes et infatigables, résistent. Tous les combattants font preuve de vaillance et du plus profond mépris do la mort. Le courage avec leeiucl les jeunes soldats allemands firent — dans les derniers combats — épaule contre épaule et sans effroi, face au front, est sublime, bien que, en rangs navrés, ils fussent fauchés par centaines. Mais la raison pour laquelle le courage calme et impassible des Français dans les ti au-cîiées a surtout excité mon admiration,- C'est ejue les Français sont Français, qu« leur histoire militaire m'a toujours fait impression, que le génie et le caractère français rendent les soldats plus capables à l'attaque et à l'assaut qu'à la défense et à la retraite. Aussi m'arrivait-il souvent de me demander, au début de la guerre, comment les Français, si vivaces, pourraient supporter la nouvelle méthode de combat qui les force — pour se cacher — à se terrer comme des lapins. La réponse \ cet'o question est que leurs armées sont maintenant plus patientes qu'au début de la guerre et qu'elles font preuve d'une opiniâtreté, d'une endurance et d'une grande dignité, en même temps que d'une résignation qui ont éveillé en moi une profonde admiration. Elles maintiennent leur élan et Imir bonne humeur. Et si parfois, après un long séjour dans les tranchées, la guerre tourne pour elles au lyrisme et qu'elles peuvent, baïonnette au canon, courir à l'assaut, elles chargent de nouveau avex; le même ,,brio'* et la folle ardeur d'autrefois, pour regagner en rampant — avec cal.me et dans l'ordre fo plus parfait — les tranchées, aussitôt que le signal retentit. C'est une armée de défenseurs anonymes. Personne ne voit ou n'entend ceux qui se distinguent. De ,,la gloire", il n'en #st pas question, mais bien ele devoir et de patriotisme. Leurs noms restent /ans l'ombre.. Leurs proches ne savent même pas où leurs régiments campent. Ils marchent sans fanfares, sans bannières déployées et sans uniformes chamarrés. Parmi tous c»s soldats anonymes, on ne distingue presque pas les officiers, eux-mêmes anonymes. On ne voit pas de jeunes officiers qui, avec une bravoure sublime, le sabre au clair, courent avec un beau geste sus à l'ennemi. Non. ils restent parfois des jours entiers sans voir l'ennemi, car les bombes éclatant les retiennent dans les tranchées" sous une pluie de balles et d'éclats de fer. Les Français, en combattant dans l'anonymat, maintiennent dans le grand silence des champs meurtriers, sur lesquels aucun ennemi n'est visible, ce geste enthousiaste. Cetto excellente disposition est, sans nul doute, acquise grâce à la discrétion du généralissime, que les soldats ne voient jamais, mais dont ils reçoivent de loin les commandements. Les troupes décident, par le sacrifice d'elles-mêmes de l'avenir de leur peuple. Responsables du passé et de l'avenir du pays, ^ elles accomplissent sérieusement un devoir pénible. Elles défendent donc, par le sentiment ^ du devoir, l'existence de leur pays et le génie de leur peuple ; c'est pourquoi ellos sont sérieuses et excluent tout ce qu'il y a de théâtral du champ des hostilités.

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This item is a publication of the title L'écho belge: journal quotidien du matin paraissant à Amsterdam belonging to the category Oorlogspers, published in Amsterdam from 1914 to 1918.

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