L'écho belge: journal quotidien du matin paraissant à Amsterdam

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s.n. 1916, 10 Decembre. L'écho belge: journal quotidien du matin paraissant à Amsterdam. Accès à 22 janvrier 2022, à https://nieuwsvandegrooteoorlog.hetarchief.be/fr/pid/h98z893g1z/
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geme Alînce IS°.~ 778 |... w '5 cents Dimanche IO décembre 1916 L'ECHO BELGE L'Union fait la Forcer Journal Quotidien du matin paraissant en Hollande Belge est notre nom ûe Famille. Toutes les lettres doivent être adressées au bureau de rédaction: N. 3S. VOOKBUKGWAL 234-240, AMSTERDAM. Téléphone: 2797. Rédacteur en Chef: Gustave Jaspaers. ( Charles Bernard, Charles Herbie:, Comité de Rédaction: j René Ch«mlbrjr, Emîîe paînparé. Pour les annonces, abonnements et vente au numéro, s'adresser à l'Administration du Journal : IV.Z. Voorburgwal 234-240, Amsterdam Téléphone: 177S. Abonnements: HoIlandefl.l.SO par mois. !Eii-angeipfl.£.00 par mois Annonces: 15 cents la ligne. Réclames: 30 cents la ligne. Lettre de Paris 23 novembre. La phase la plus dure de la guerre. — Retour à l'austérité. — Le rationnement. •— Incidents parlementaires. — La femme de lettres au front. — Livres de guerre. Le troisième hiver de guerre s'ouvre tristement, non qu'on ait moins de confiance dans la victoire finale, mais plus la guerre ee prolonge, plus elle est dure aux pauvres gens. D'autre part, on avait conçu de trop grands espoirs de l'entrée en ligne de l'armée roumaine, et les insuccès de nos lointains alliés pèsent lourdement sur les coeùrs. ,.Les clicoes ne tournent jamais ni aussi bien qu'on l'espérait, ni aussi mal qu'on le craignait", disait Frédéric II, „le grand blasphémateur de Potsdam", ccràme l'appelle Chesterton. Cette fois, il ne blasphémait pas, mais il jugeait les choses de ce regard dur de réaliste qui est tout son génie. Cette parole devrait nous conseiller la patience. Mais la patience aussi est pénible à supporter, et la cherté de la vie, les mille petites privatrons qui paraissent d'autant plu9 rudes qu'on commençait *à en perdre l'habitude frappent les esprits. Mais nos ennemis communs,' qui sont évidemment renseignés sur cet état de choses, auraient tort de s'imaginer que cela énerve les courages. Au contraire. Le malaise périodique des commencements d'hiver se traduit unanimement par des appels à l'énergie. ,,Nous entrons dans une période dure de la guerre, dit-on. C'est le moment des sacrifices. On a fermé les magasins à 6 heures : qu'on ferme les thés, qu'on ferme les théâtres! Qu'on revienne à l'austérité des premiers temps de la guerre. Les Allemands ont eu recours à la mobilisation générale des civils : s'il le faut, qu'on en passe par là!" A l'énergie de l'Allemagne aux abois il faut opposer l'énergie des- Alliés sûrs de vaincre, mais conscients des sacrifices que nécessite la victoire. Des canons, des munitions, comme dit le sénateur Charles ïïum-berfc, directeur du ,,Journal". Tout le monde répète ce cri. On s'attend à une nouvelle révision des exemptés, des ajournés, et si le gouvernement mobilisait les femmes dans les usines, afin de renvoyer plus d'hommes dans les dépôts, la mesure ne Berait pas mal accueillie. La dureté des temps ne fait que -surexciter la volonté de vaincre, et tout ce qu'on demande au gouvernement c'est d'agir de plus en plus vigoureusement.Il obéit à l'impulsion, d'ailleurs; la nomination de M. Clareille, qui réorganisa l'Ouest-Etat, à la direction générale des chemins de fer; la nomination d'un sous-secrétaire d'Etat de l'alimentation, — c'est M. Joseph Thierry qui a été choisi, — traduisent ce besoin de dictature qui se manifeste chez tous les belligérants. Le malaise a eu, comme de raison, sa répercussion parlementaire; le projet de loi sur le recensement de la classe 18 a été l'occasion d'une grande séance et d'un comité secret. On y a vu réapparaître un des grotesques de Kienthal, l'incorrigible citoyen Brizon, qui n'ose pas réclamer publiquement cette paix à tout prix qu'il est seul, ou à peu près seul, à rêver, mais qui profite de n'importe quel prétexte pour chercher à entraver- l'action de ceux qui ont en ce moment la redoutable responsabilité de la conduite de la guerre. Les manifestations oratoires ne sont pas vraiment dangereuses du reste. Si elles jettent quelque discrédit sur le parti socialiste, et même sur le régime parlementaire, elles ne font en général que consolider la situation du ministre qu'il attaque. Les intrigants et les ambitieux qui, malgré le temps de guerre, rôdent toujours dans les couloirs de la Chambre, à l'affût d'une crise favorable, n'osent tout de même pas se solidariser avec le3 hommes qui n'ont pas craint d'aller Causer avec les socialistes allemands. Aussi bien, comme je le disais dans une de me3 dcrnièreè correspondances, ces incidents de séance font beaucoup plus d'effet de loin que de près. Ils ont l'inconvénient de masquer aux yeux du public tout le travail sérieux qui se fait dans les commissions et même dans les discussions a la tribune, mais dans le monde politique on sait ce qu'en vaut l'aune, et ce n'est jamais sur une interpellation de ce genre que pourrait tomber un gouvernement. Le danger, si danger il y avait, viendrait d'adversaires plus subtils. Le vice des démocraties, c'est que, tout le monde ayant le droit de s'occuper .des affaires de l'Etat, chacun se croit des aptitudes à cette grande tâche. Il y a beaucoup d'hommes de talent dans le Parlement français tous ont leurs idées sur la conduite de la guerre. Comment ne rêveraient-ils pas de la faire prévaloir, de jouer un grand rôle, à ce moment capital de l'histoire de France? De là cette sourde ruée d'ambitions qui grondent autour du "pouvoir. Mais tout de même quelque chose les retient : c'est la conscience du danger qu'il y aurait à changer quelque chose à la machine de l'Etat à cette heure de péril ïiational. Les plus ambitieux des députés se rendent compte de la mauvaise humeur avec laquelle l'immense public, qui ne s'in-teresse qu'à la guerre, accueillerait toute intrigue oui nuirait à la conduits de la De plus en plus, la foule se désintéresse do ce 'lui se passe au Palais-Bourbon : ellt n'y comprend rien. L'intérêt, pour elle, n'est que dans les tranchées lointaines du front roumain, ou plus près, sur la Somme, où la poussée continue. -* * * Dans le grand drame de la guerre, le comédie ne perd pas ses droits. Ce qui fait en ce moment la joie de Paris, c'est l'aventure arrivée ces jours derniers, au front, à une illustre femme de lettres, grande dame d'ailleurs, mais de beaucoup de talent. Voulant consacrer un poème aux héros' de Verdun, elle avait demandé l'autorisation d'aller visiter les ruines de l'héroïque cité. Sans attendre le papier officiel elle se rend à Chalons sur Marne, ville de l'arrière-front tout encombrée d'hôpitaux, de cantonnements, de services militaires. Comme de raison, les distractions y sont rares. L'arrivée d'une femme célèbre et charmante, c'était, pour les officiers de la ville, une occasion d'oublier un instant les austères devoirs de guerre. On organise un déjeuner, où Mme de X. prend place à côté du général.* On parle de Paris, de ses histoires, de ses potins, des livres nouveaux. Charmante réunion, mi-mondaine, mi-militaire, à quoi la proximité du front ne faisait que donner plus de piquant. Au milieu du déjeuner, arrive une dépêché du G. Q. G. C'était la réponse à la demande de visiter Verdun. Hélas ! Ce n'était pas celle que la dame attendait. Défense de visiter Verdun, mais autorisation d'aller à Suippes. — Suippes ! Suippes ! Mais je ne veux pas aller à Suippes, je veux aller à Verdun, dit Mme de X, indignée. Je n'ai pas peur du danger, je -veux tout voir de près. — Eh, Madame ! Pourquoi n'iriez-vous pas à Suippes? répond un jeune colonel, ï qui l'idée d'une mystification passe soudain par l'esprit. Mais, savez-vous que Suippes c'est le centre de la bataille, le point le plus important du front? Le G. Q. G. a certainement voulu vous obliger et rendre hommage à votre vaillance cai c'est là que la résistance de nos hommes est là plus dure et la plus admirable. — Vraiment, fait Mme de X., un peu ébranlée, et qui ne connaît^ pas très bien la carte du )front. — Seulement, ajoute le jeune colonel, si vous allez à Suippes, il faudra vou4 munir d'un masque, car c'est un des endroits où les Allemands usent le plus abondamment de leurs gaz. — Et d'un casque, ajoute quelqu'un, car le marmitage est intense. — Je ferai ce qu'il faudra, répond doucement Mme de X. qui déjà sentait diminuer son enthousiasme pour le voyage aux tranchées.Mais le déjeuner prend fin et l'on se rend en cortège à un hôpital que l'illustre femme de lettres devait visiter. C'est ici qu'intervient la providence des mystificateurs. Le premier blessé devant lequel on s'arrêta était un malheureux qu'on venait d'amputer des deux jambes à quelques jours de là. — Où avez-vous été blessé? lui demande Mme de X. avec sollicitude. — A Suippes, Madame, répond le pauvre diable. Et je peux dire que je l'ai échappé belle. Nous pétions quatre' dans un trou quand la marmite est tombée, et de mes trois camarades on n'a plus retrouvé qu'un pied, quelques cheveux et un morceau de crâne A partir de ce moment, l'illustre femme de lettres devint songeuse, et, le soir, comme on parlait pour le lendemain de l'organisa tion du voyage à Suippes, elle dit: Eh bien non ! Décidément, je n'irai pas à Suippes, je retourne à Paris. J'ai vu ici tout ce que j'avais à voir. On en rit encore à Châlons et à Paris, car Mme de X. raconte elle-même fort spirituellement son aventure. * * On lit peu par ce temps de guerre. La pensée est trop ^absorbée par le drame pour pouvoir s'intéresser' passionnément aux récits qu'on en fait. Et pourtant la littérature de guerre s'enrichit tous les jours. Tous les écrivains savent fort bien qu'ils ne peiivent guère en ce moment faire que du provisoire. Mais chacun tient à apporter son document à l'histoire de demain. C'est un art difficile d'ailleurs que de réunir dés documents, que prendre des notes d'après la vie. Quelques-uns y excellent d'instinct, d'autres n'y arriveront jamais. Parmi ces documents 9ur la grande guerre il en est peu de plus 6Ûrs, de plus vivants, que ceux que nous apporte M. René Benjamin, l'auteur de Gaspard, le dernier prix Goncourt. M. Benjamin sait se garder à merveille de l'éloquence tumultueuse, danger qui guette tant d'écrivains, en ce temps dont le tragique dépasse^toujours l'éloquence. Mais il sait voir, il sait noter ce qu'il voit, il a l'art de saisir le détail significatif, et les nouveaux tableaux de la guerre qu'il vient de publier sous, ce titre ,,Sous le ciel de France" resteront, je crois, parmi les images les plus justes et les plus émouvantes que les témoins du drame quo tidien aient laissées. Documents encore, documents précieux aussi, les souvenirs et les impressions réunis sous ce titre Dans Paris, la grande ville > par M. Jean Ajalbert. M. Ajalbert, conservateur de la Malmaison, a beaucoup voyagé par le monde. Il a rapporté d'Indo-Chine quelques livres précieux, mais il est resté un amoureux de Paris, un de ces Pa-..risiens cuii aimeafc toi# <Jaas leur ;vjlle, ses i faubourgs lépreux et souffrants, d'une si > douloureuse poésie, aussi bien que ses allées triomphales. Tout enfant, il a vécu le siège de 1870, et, demeuré à Paris aux jours tragiques d'avant la Marne, il a pu comparer les deux exode6. Il l'a fait avec la plus robuste confiance. Sous la ruée formidable, il notait le sourire indestructible de la grande ville. Dans ce journal commencé pour lui-même, l'écrivain fixe d'une plume exacte des souvenirs qui deviendront de l^récieux témoignages. De la Seine à la Marne, du ruisseau de la Malmaison à la mer du Nord, il a rapporté des pages pittoresques et sobres, qui sont d'autant plus émouvantes qu'on n'y sent point le littérateur. mais l'homme et le Français. Des notes, des souvenirs, un journal, c'est tout ce que peut nous donner, quant à présent, le livre de guerre. Tout le reste n'est que littérature.... L, Dumont Wilden. En Belgique. Les citoyens Ibsigss réduits en esclavage Les inscriptions des ouvriers liégeois se feront jusqu'au 27 décembre. Les Allemands I dit ,,Le Telegraaf", ont trop de travail. De 1e ville mémo aucun citoyen n'£ été déporté. IA Dinant les scènes ont été terribles. Or enlevait de pauvres gens à leurs femmes, alors que, précisément le même jour, un dépari d'enfants din^ntais débiles avait lieu vers h Hollande. Le contraste était poignant do ces petits qui s'en allaient vers un pays où l'or respire en liberté et de ces braves ouvriers ! qui devaient marcher entre des soldats, baïon-; nette au canon, jusqu'au convoi qui les emmènerait en esclavage. * * * Les déportations continuent en Flandre. J YWachtebeke, à la frontière hollandaise, ceni civils ont été appelés. On tirera au sort poui } savoir quels sont ceux qui seront déportés. * * * - | Le gouvernement allemand a fait paraître dans l',,Allgemeine Nord. Zeitung" la note sui vante : i ,,Le gouvernement belge a chargé l'ambassa ' deur d'Espagne à Berlin de protester contre k ! déportation en Allemagne des chômeurs belges Cette protestation a été refusée comme nor l fondée. ■ j En vertu de l'arrêté du gouverneur générai j à Bruxelles en date du 15 mai 1016, les person-î nés qui jouissent d'un secours public et qui refusent, sans raisons plausibles, de continuer oi i de reprendre le travail conforme à leurs capa ! cités sont menacées de prison ou de travai forcé. Cet arrêté est conforme au droit des gens, car, en vertu de l'article 43 de la Convention de La Haye, concernant la guerre sui terre, la puissance occupante doit prendre soir : du maintien de l'ordre et de la vie publics et doit, pour autant que les lois du pays font dé-j faut, y remédier par des arrêtés. J Dans le maintien de l'ordre est compris, sans aucun doute, que ceux qui sont aptes au travail ne*soient pas à charge de la charité publique, mais qu'ils doivent être occupés. Les chômeurs et par suite ceux qui ont besoii: d'être secourus, en Belgique, sont nourris principalement par la Commission for Relief. Suivant l'état des choses, cette institution est d'un caractère public, de sorte que ses secourus doivent être considérés comme dépendant de la charité publique. Par suite du chômage des industries belges on ne peut leur procurer du travail convenable. Il est donc fourni aux chômeurs belges du travail payé en Allemagne où un grand nombre d'ouvriers belges travaillent déjà volontairement.•Suivant l'arrêté du gouverneur impérial à Bruxelles, le travail forcé est inévitable poui ceux des chômeurs belges qui ne suivent pas cet exemple. De ce travail forcé sont exclues naturellement les occupations défendues par le droit des gens. Les autres protestations du gouvernement belge, remises également à Berlin pîir l'intermédiaire de l'ambassade à'Esçagrçe, disent que le chômage en Belgique a été organisé par le gouvernement allemand lui-même, par suite de la défense faite aux communes^ d'occuper des chômeurs sans autorisation spéciale. Des scè-ines effroyables se seraient déroulées en Belgique lors de l'exécution de# mesures en question. Les Beiges déportés seraient occupés en Allemagne dans les fabriques de matériel de guerre et dans la région occupée de la France à la construction de chemins de fer militaires et des tranchées. Le gouvernement allemand saisit méthodiquement en Belgique le matériel des fabriques pour empêcher qu'on reprenne le travail après la conclusion de la paix, effacer définitivement la concurrence belge et conduire de cette façon le pays à la ruine. Il a été répondu également à l'ambassade d'Espagne que ces protestations manquent de fondemént. L'occupation de chômeurs belges par les communes devait en effet être permise par une autorisation spéciale de l'autorité allemande. Cette mesure a été prise exclusivement dans le but d'éviter que la position économique des communes soit menacée par des travaux coûteus et inutiles. Que des déportations se soient faites avec des scènes effroyables, cela n'est pas en rapport avec les faits. La déportation s'est pratiquée plutôt sans aucune violence et avec tout le respect possible. Ni -en Allemagne, ni dans les régions occupées de la France les chômeurs belges ne sont appelés à des occupations défendues par le droit des gens. Là où il y a eu dos réquisitions du matériel des tabrques, elles étaient commandées par les besoins de l'année et permises, paV conséquent, aux termes de l'article 52 de la Convention de La Haye. Pour d'autres points également cités par l'ambassade, comme les salaires et les postes, des déclarations satisfaisantes ont pu être faites." Il n'est pas utile, pensons-nous, de discuter la réponse élu gouvernement allemand. Avec des gens d'aussi mauvaise foi toute discussion est inutile. Nos lecteurs connaissent d'ailleurs la question. Ils savent à quel régime de terreur leurs malheureux frères sont soumis. Ils savent aussi comment les Allemands s'y sont pris pour réduire en esclavage toute une population, jadis laborieuse mais qui ne pouvait plus travailler, les Allemands ayant enlevé les gaaçhines des syues, les çi^ticr^ pre mières nécessaires et paralysé le commerce Jour par jour, ven rélisant notre journal, on peut se rendre compte de la préparation de la situation actuelle par les autorités allemandes responsables. La note du gouvernement belge est du reste très concise, très explicite; le reflet même de la vérité. Elle met les Allemands au pied du mur et, ne sachant pas répondre, ceux-oi 6€ contentent d'esquisser une pirouette piteuse. Leur piètre défense les accuse. * * * Nous avons raconté comment de braves Liégeois étaient arrivés en remorqueur en Hollande. L'un de ces courageux évadés a fait le récilt dé son odyssée à notre confrère ,,les Nouvelles".Nous extrayons le passage suivant: D'abord il fallait chauffer le navire et le diriger dans la bonne voie. Et cela sans donner l'éveil aux patrouilles circulant sur le chemin de hâlage, ni aux sentinelles gardant l'écluse ' voisine. Bien mieux : cette écluse, il allait falloir la traver^r, puis aller tourner bien loin dans le canal de la sucrerie, pour ensuite gagner la Meuse! Enfin, il fallait encore que » le niveau des eaux fut assez élevé pour donner accès au remorqueur, qui prenait avec sa charge plus de deux mètres de tirant d'eau ! Notez qu'il n'y avait parmi les membres de l'équipage improvisé aucun marinier, aucun homme de métier! Et, si l'on était pris, n'est-ce pas, c'était pour tous lé peloton d'exéou-,tion et la mort sans phrase!...,. L'aventure apparaissait ainsi à ce point ' ..sardeuse qu'à bord, où régnait par surcroît la pire anarchie, les coeurs, angoissés, battaient une sarabande effrénée. Personne pourtant ne demanda à être débarqué. Au contraire, quand, aprAs mille tergiversations, le pilote et le mécanicien allemands acceptèrent, l'un do chauffer la machine et l'autre do reprende son poste au gouvernail, de bonnes volontés s'offrirent pour aller ouvrir l'écluse et mesurer le niveau des eaux dans le chenal livrant accès à la Meuse. Ce niveau était de 2 m. 24 et l'écluse fut ouverte sans encombre : 2e et 3e victoires! Dès lors 4 Belges revêtirent les capotes grises d'es feldgrauen du bord et grimpèrent sur le pont pour aider à la manoeuvre, tandis que toutes les autres personnes se tenaient prudemment à fond de cale. Le bateau fut écluse lentement, sans incident. Mais, quand l'écluse fut fermée derrière lui, les portes d'ouverture furent maniées itrop rapidement, si bien que de violents remous se produisirent. Le remorqueur fut secoué comme sur une mer houleuse, écrasant deux des trois barques attachées à ses côtes et qui, se prouvant coincées entre le bateau et lo mur de l'écluse, furent réduites en miettes. C'est cet accident, d'ailleurs, qui sauva le bateau, que le choc amorti renvoya violemment dans le chenal. Les sentinelles allemandes avaient assisté à cette étrange manoeuvre de nuit sans dire un mot, sans faire un geste! Telle lut la 4o victoire, la plus importante, sans conteste, de nos hardis argonautes. Ils u'étaienit d'ailleurs pas au bout de leurs peine». La manoeuvre dans le canal de la sucrerie fut, pour des raisons techniques qu'il serait vain d'exposer ici et auxquelles ils ne virent goutte d'ailleurs, fort longue et fort difficile. Plusieurs fois des soldats allemands, en patrouille ou en sentinelle, s'approchèrent du^ 'bord comme pour se rendre compte de ce qui se passait d'insolite sur l'eau à pareille heure. H était alors vers 4 ou 5 h. du matin. Chose curieuse: aucun ne posa la moindre question aux singuliers feldgrauen en casquette qui maniaient la gaffe ou les câbles, et le remorqueur, battant à sa proue pavillon allemand, passa enfin dans la Meuse, entre deux sentinelles boches baïonnette au canon!... Dès lors, c'était la partie à peu près gagnée. Le moderne radeau de la Méduse prit de cou-i-cint; les chaudières furent. chanffées à 14 atmosphères!... et l'on vogua, toutes voiles dehors et full speed, vers la Hollande, vers la liberté. Il y avait cependant une dernière bataille à gagner. Entre Lanaye et Evsden, le câble électrique des Allemands traverse lar Meuse et les geôliers de la Belgique ont là un canot' à moteur pourvu de mitrailleuses qui aurait pu . encore intervenir Le câble, abordé en 4e vitesse, se tendit, puis se brisa. Il s'enroula malheureusement dans l'hélice, puis dans le gouvernail, qu'il brisa comme verre. Mais le canot de chasse, où l'on dormait sans doute aussi d'un sommeil réparateur, no se montra point. La dernière et définitive victoire était remportée! Le remorqueur s'en fut tout seul s'immobiliser quelque part dans la vase, heureusement encore du bon coté, et les 42 évadés, avec les 4 Allemands qui s'étaient faits leurs compagnons de route, touchèrent £erre sans trop de difficulté, grâce à leur 3e et dernière barque, que les mouvements de l'hélice avaient remplie d'eau mais qu'ils -parvinrent à renflouer. Les opérations de l'abordage durèrent plus d'une heure ; les Allemands, enfin inquiets, ne cessèrent point durant ce temps d'éclairer la scène de leurs projecteurs, permettant ainsi à ceux qui venaient si audacieusement de leur brûler la politesse de voir clair dans la nuit noire. Telle est l'odyssée véridique qu'ont vécue cette semaine 42 des nôtres, dont la joie actuelle n'est que trop compréhensible. Pensez donc: la plupart de ces braves avaient passé déjà au contrôle des chômeurs et allaient être envoyés en Allemagne ! A présent, les voilà tous en Hollande sans avoir essuyé un seul coup do feu ! Nous nous sommes laissés dire que l'allégresse dsa à Bashea siréttfc £&§_ sob&sb- core. Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. * *. *. Les „Munohener Neueste Naohriohten" repondent à la presse suisse qui proteste contre l'esclavage en Belgique : „Oui, les déportations de Belges continuent. Il va de soi que la note de Berne ne changera rien à la mesure prise par les Allemands et qui consiste ( déporter les chômeurs belges. Car ejette mesure est devenue nécessaire pour le maintien du bon ordre et la sécurité militaire (sic) dans le territoire occupé. Quant à l'impression que cette mesure provoque en Suisse, nous nous en soucions fort peu." Comme avec élégance ces choses-là sont dites. On sait que le gouvernement fédéral a envoyé à l'Allemagne une note que nous reproduisons ci-dessous: ,,Les représentations amicales adressées par le Conseil fédéral au gouvernement allemand au 6ujet des déportations des civils belges constituent un premier acte par lequel la 'Suisse intervient dans les affaires des belligérants pour sauvegarder les principes d'humanité. En s'intéressant au sort des déportés belges, le Conseil fédéral poursuit sous une forme nouvelle l'oeuvre charitable commencée par lie transport des évacués et l'internement des prisonniers. Aussi la Suisse romande appuie-tell e chaleureusement le geste amical, mais ferme, du Conseil fédéral, et les journaux de toutes nuances se félicitent-ils de le voir prendre cette attitude, surtout après les pétitions de protestation contre la déportation des populations françaises du Nord." *• * * Les Allemands arrêtent les Anversois en pleine rue, sans tenir compte ni de leur âge, ni de leur ex>ndition sociale. Et ils les déportent, sans plus de formalités! * * *, A Namèche, commune habitée en grande partie par des carriers, dix hommes valides seule, ment ont été autorisés à rester dans la localité. Tous les antres ont été emmenés en esclavage. A Beuzet, entre Namur et Gembloux, 140 habitants sur 160 ont déjà été envoyés en Allemagne ! Publication de Sa Ligue du Souvenir belge. La parole d'honneur de von Bissing. Il faut être juste, même pour ses ennemis. Les déportations exécutées en Belgique nous prouvent que von Bissing respecte ses engagements. Voici: Au commencement de l'année 1915, le bruit s'était répandu à Liège que les Barbares se préparaient à incorporer les Belges dans leur armée. Von Bissing crut bon de démentir ce bruit et fit placarder à Liège une affiche expliquant que cette rumeur, répandue par de« malveillants, n'avait rien de vrai. ,,L'armée - llemande, disait-il, est une armée nationale, qui- n'admet pas d'étrangers dans ses rahgs. Les jeunes gens belges n'ont donc pas à redouter d'y, être incorporés. Aucun danger ne les menace". 11 ajoutait textuellement: ,,Je donne ma parole d'honneur qu'ils ne seront pas amenés en Allemagne ,,comme prisonniers de guerre". Or, nous voyons aujourd'hui que, par la contrainte, par la force, on les y expédie en masse, qu'on les envoie travailler dans les usines de munitions à Essen, qu'on incor-* pore dans l'armierungs-bataillon (pionniers) . ces malheureux, dont plusieurs ont déjà été ramenés dans les hôpitaux de Gand, blessés par les obus. Alors, la parole de von Bissing ? ! Elle est respectée: Un article de son arrêté, visant les déportés, mentionne: ils ne seront pas considérés comme prisonniers de guerre. On en fait des ,,esclaves" et l'honneur, — celui de von Bissing —- est sauf ! ! Cet homme est un honnête traitant. Il respecte ses engagements et fournit à son pays du matériel humain. A le contester, on démontrerait seulement que l'on ignore la différence entre les y,mots" et les ,,faits". A. Bruxelles Une triste nouvelle, qu'on appréhendait depuis. longtemps, vient de nous parvenir de Suisse. A Lej'sin est mort, il y a quelques jours, à l'âge de 33 ans, un jeune savant belge qui avait donné de magnifiques promesses. Paul Drapier, né à Bassilles-loc-Ath, était un de nos rares physiciens belgèsr 11 fut le premier à bénéficier de la bourse créée par M. Ernest Solvay pour la propagation do l'étude des I sciences physiques. Il travailla pendant quelques années dans les laboratoires de Paris, de Berlin, de Munich, d'Edinbourg. Durant la guerre il fit des recherches intéressantes, notamment dans le domaine de l'acoustique, au laboratoire de l'Ecole Normale, où des savants comme Perrier. Langevin, Mme Curie le tenaient en haute estime. Le pauvre garçon n'aura pas eu la consolation de revoir la Belgique avant sa mort. Nous présenions à sa mère, à son frère Maurice Drapier, assistant de chimie à l'Université de Bruxelles, soldat réformé. actuellement à Rochelle, l'expression de nos sentiments de condoléance. émue. * * * M. Campioni, greffier du Sénat, est décédé à Ste-Adresse. M. Campioni possédait une villa à Ter-vueren que les Allemands avaient consciencieusement pillée. — Il y a un an 10 décembre 1915. — Le conseil de 1 guerre des Alliés décide de ne pas abandonner Salonique. A la demande. des§ Etats-Unis, 'les attachés allemands Boy Ed et, voq FfipÇft sont ■ . li IM I || ||,| | Jt Meddens£Zoon âji PARDESSUS M D'HIVER Il | | depuis fi. 27.50.1 Hofweg 11 la Haye. | Conventions. Il y a des gens qui raffolent de3 émotions fortes, et ils doivent être nombreilx, si l'on se rappelle^ la foule dense qui se pressait, naguère, aux ,,plaines des attractions" des expositions, où étaient rassemblés, sous ce nom, une collection d'instruments à frisson : Looping the loop, Waterchute, Scenic Rail-way, que sais-je ?, ou si l'on se souvient de la multitude qui allait bourrer les cinémas pour s'y délecter de drames plus noirs que la salle entéuébrée. A présent, pour la modeste somme de deux sous, ces gens sont servis à souhait, et il faut des nerfs d'acier pour affronter, autrement que par tranches, la lecture du journal: Water-chute vertigineux dans les profondeurs abyssales de l'ignominie, Looping the loop d'un vieux reître qui se promène tête en bas dans l'impudence comme dans son élément, cynic Raille-way d'un chancelier de fer blanc qui se livre au chantage de l'horrôur et menace d'en sursaturer le monde écoeuré, mais pas encore révolté. ,,Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine" l'indignation gronde dans le coeur du lecteur belge, et fait trembler, dans sa main qui se crispe, le journal où se lit, en lettres de feu, la relation navrante des rafles de forçats pour le vaste bagne qu'est devenue la bochie. Ses yeux brûlent de larmes mort-nées, la rage froide de l'impuissance le ligote comme une camisole de forcée, ses dents grincent de ne pouvoir mordre, et les os de ses poings 3errés craquent de n'étreindre que le sinistre papier, noir et blanc comme un faire-» part de décès. Et, comme on jette du lest, l'esprit exaspéré laisse tomber, aux lèvres serrées qui ne l'arrêtent que tout juste à temps pour la bienséance, le soulagement, de trois mots brefs qui, chez les violents, ressémblent, ma foi, à un blasphème, et," chez les mystiques, à une prière (Gott strafe Deutschland): Celui qui met un frein à la fureur des flots Sait aussi des méchants ^rrêtet les complots.... Les mystiques sont bien heureux d'avoir la patience de Job, et les violents ont peut-être tort d'insinuer que, à la fin, jobard pourrait bien dériver du nom de ce célèbre patriarche, qui a tenu bon et a eu le dernier mot, comme nous l'aurons. Les uns guettent la démarche du grand juge de Rome qui détient les foudres divines, les autres, sceptiques, comptent plutôt 3ur les foudres de guerre et le tonnerre dps artilleries des alliés, et, détournant leurs regards du St-Père, invoquent fervemment le St. Papa, canonisé par Willette dans lô ,,Rire Rouge" (1). Et, pour les mystiques somijne pour les violents, condamnés chacun i l'attente résignée ou furieuse, mais impuissante, la lecture du journal est une véritable torture, et les amateurs du frisson de petite mort ou de simili-coups de sang en prennent pour plus qu'ils ne déboursent. * * * Il y a cependant des articles reposants, rafraîchissants comme des sorbets, ou calmants comme des douches glacées. Un Mr., qui par moments paraît avoir reçu un solide coup de pied de cheval emporté — peut-être, comme la fontaine Hip-pocrène, ce Pégase que Boileau dit rétif à certains — et qui en a coliservé la marque lu fer — porte-bonheur — comme signature, coupe net la respiration du lecteur en traitant, dans un grand quotidien, du machiavélisme de l'impérialisme belge. Il demande ironiquement, avec un humour de croque-mort en fonctions, si les annexionnistes belges seraient mieux disposés envers la Hollande si celle-ci avait fait entendre une protestation lors de l'attentat contre la neutralité du voisin, et les met-au pied du mur pour les fusiller à bout portant de cette question: qu'auraient fait les ,;vluclitelin-gen" s'il n'y avait pas eu une Hollande neutre pour les recueillir? Il ne prétend pas, cependant, que si la Hollande n'a pas crié ,,à l'assassin" ce soit 1) du 12-VIII-16, 1',, Anniversaire, qui ïampe, se détachant sur le ciel bleu, et lo :asque auréolé par la lune pâle, la vision d'un joilu français, évoquée par 'la prière de sa >etite fille, à genoux dans son berceau, les mains tenues jointes par sa maman également agennouillée. A l'horizon lueurs d'incendies et ruines. Le poilu, le fusil dans la main gauche, tend, la droite vers les siens qu'il regarde, en m geste de protection: je suis làj — Légende;

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Cet article est une édition du titre L'écho belge: journal quotidien du matin paraissant à Amsterdam appartenant à la catégorie Oorlogspers, parue à Amsterdam du 1914 au 1918.

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