Journal de Gand: politique, industriel, commercial et littéraire

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26 December 1918
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s.n. 1918, 26 December. Journal de Gand: politique, industriel, commercial et littéraire. Seen on 08 August 2020, on https://nieuwsvandegrooteoorlog.hetarchief.be/en/pid/dv1cj89989/
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Jeudi '2fi décembre 1918 ÎO centimes le numéro f"2me année - N" :m JOURNAL DE GAND ECHO I3J£iS FLANDRES ABONNEMENTS : DEUX FRANCS PAR M • I S RÉDACTION & ADMINISTRATION : GAN<D — 3, RUE DE FLANDRE, 3 — GAND TELEPHONE 665 Annonces fr. 0,80 la ligne. Réclames (avant, les annonces) I fï. la ligne. Réclames en Chronique gantoise ou dans le coi;,'S du journal 2 tr. la ligne. Informations financières et Réparations judiciaires 1 fr. la ligne. — On traite à l'or,ait pour les annonces souvent répétées. VIVE LA FRANCE! LES POILUS A GAND Le Défilé A 10 1/2 heures précises les clairons sonnent aux champs.Le temps se maintient superbe. A ce coup, Dieu est avec ! Les fenêtres du Marché au Beurre et de rues avoisinantes regorgent de monde. Du côté gauche du Marché ont pris place : le général de division Dégoutté, commandant la 6e armée française ; le lieutenant-général Bernheim, commandant la Ie Division ; le général-major De Blauwe de l'Armée belge avec leurs états-majors respectifs; les généraux Lartigne (belge), Roucrolle (français); notre collège de bourgmestre et échevins ; à droite : Le général Sicre (français) commandant la 132e div., le lieutenant-colonel Letor ( 1 * D. A.), le colonel adj. ét.-maj. Olaerts, le colonel art. Mercier, etc... Le musique de la 3e de ligne, avec un bataillon commandé par le major Smal, ouvre le cortège. Les musiques françaises fusionnées jouent pendant tout le défilé l'Entre Sàmbre et Meuse. Passe la 132e. qui opéra avec les belges et les anglais sous le commandement du général Plumer l'offensive libératrice. L'enthousiasme est dans tous les cœurs et ne sort parfois pas de la bouche : Les poilus passent ! ! Ils passent simples et triomphants, d'un pas allègre et léger, ce qui nous change un peu du « parade-marsch », pesant et terrassier. Us passent, un peu de bleu du ciel adhère à leurs capotes glorieuses. Us passent, abondamment fleuris, fusils et canons pavoisés, infanterie, voilureltes mitraillêuses traînés par des mulets, les fameux 75 (257e art. de camp.), les obusiers de 15, la cavalerie, un détachement — attention délicate — de brancardiers américains. Us sont passés - cela a duré en tout quarante minutes — les gorges sont sèches de crier « Vive la France ! » et cependant, on se demande déjà si tout est fini. C'est qu'on les aime à Gand, les ou nos poilus ! La réception dans la Salle du Conseil Après cette superbe et inoubliable revue, où sur l'estrade d'honneur se distinguait entre autres, par son enthousiasme, M. Chaubet, président de la Société française de Bienfaisance, les généraux et officiers français et belges furent reçus par notre maïeur, le tant sympathique M. Braun. Voici le discours, que noire premier magistrat, visiblement ému, prononça : Messieurs les Généraux, Dans cet Hôtel de Ville qui, il y a 4 ans, fut souillé par l'invasion de généraux allemands, le révolver au poing, je suis heureux et fier de pouvoir aujourd'hui souhaiter la bienvenue à des Généraux français, qui se présentent à nous les mains cordialement tendues. Nous les presserons avec effusion, ces mains, qui ont si brillamment porté l'épée et ont aidé si puissamment à sauver notre patrie. L'accueil que vous a fait aujourd'hui la population gantoise, vous a montré que nos coeurs battent à l'unisson des vôtres et que, comme la Belgique entière, elle est animée des sentiments de gratitude les plus ardents à l'égard de cette belle et noble France qui vient par sa chevaleresque et héroïque attitude, de conquérir dans l'histoire une place plus éclatante qu'elle n'eût jamais. Combien ont été fidèlement tenues les promesses que le gouvernement français fit à la Belgique au début des hostilités ! « Du jour où le sol belge a été foulé par les Allemands, a dit en août 1914 le Président de la République française, du jour où le sang belge a été versé pour s'opposer à leur passage, les causes des deux pays sont devenues intimement liées. Elles se confondent désormais. La France est décidée il tout faire pour libérer le territoire de son alliée. Elle considère que stfn devoir ne sera entièrement accompli que lorsqu'il ne restera plus un soldat allemand en Belgique. Lorsque le moment sera venu, l'armée belge se montrera aux côtés de l'armée française, à laquelle les circonstances l'ont si étroitement unie. » Eh bien, cet engagement,'la France l'a tenu point par point et nous avons le bonheur de saluer ici en ce moment le Général de divison Dégoutté, commandant de la 6e armée française, et le général Sicre, commandant la 132e division qui,dans la dernière phase de la guerre, jouèrent un rôle si éclatant sous le commandement supérieur de notre Roi bien aimé. Le défilé des troupes auquel nous venons d'assister nous a montré ce qu'il y a de mâle énergie, d'endurance et de fierté dans ces héroïques poilus. Les Gantois brûlaient du désir de les voir, de les acclamer, de fraterniser avec eux. Le rs vœux les plus chers sont maintenant exaucés et je puis vous donner l'assurance que de cette fraternité d'aujourd'hui subsisteront une fructueuse intimité et un commerce cordial. Après votre passage dans les Flandres et ensuite dans la Wallonie vous emporterez l'impression qu'il n'existe qu'une âme belge, profondément attachée à sa patrie, à ses institutions, à son Roi, mais frémissante de sympathie et de gratitude à l'égard de ceux auxquels elle doit d'exister encore. Jamais elle ne l'oubliera et en toutes circonstances un de ses cris les plus .chers sera toujours : Vive la France. D'une voix claire, métallique, la voix d'un homme qui a vu le danger et se rend compte de la solendeur de la victoire, le général français Dégoutté répond H se sînt nrofonrlément touché de l'accueil fait à Gand à lui et à ses troupes. Si la France a saigné — deux millions de français morts pour la grande cause! - elle acclame l'action initiale déclanchée en Belgique. La France, toujours loyale, avait, lors de la déclaration de guerre, massé ses troupes au sud de notre pays.' Mais l'Allemagne, violant sa parole donnée, faisant fi de tous les traités, attaqua lâchement la Belgique. Par ce fait les armées françaises risquaient d'être prises dans le dos. C'est à ce moment que le petit belge comprit son devoir : Liège, la retraite belge, où pouce par pouce, notre cher territoire fut disputé aux hordes organisées, la défense héroïque à l'Yser enfin, permit à l'état-major français de se ressaisir.Le général remercie la Belgique de ce qu'elle a fait pour l'humanité. A ce moment l'enthousiasme est délirant : «Vive la France!» éclate de toutes les poitrines. «Vive la Belgique, sœur de la France !» répond le général français. Les généraux français et belges sont invités à signer le livre d'or de la ville, « une des pages les plus belles et les plus éclatantes de notre livre », dit M. Braun. Ensuite M. Fris, archiviste de la ville, montre aux invités les plus intéressants actes déposés dans nos archives : la célèbre charte de J. Van Artevelde de 1339, le livre des échevins depuis 1301, le livre de la corporation des charpentiers de 1401, aux enluminures superbes, les principaux autographes des princes qui ont régné sur la Flandre depuis 1300, etc... Et dire que les boches voulaient nous voier ces richesses sans l'attitude énergique de notre Fris ! Au dehors le monde grouille; le carillon lance sur toute la ville la Marseillaise; les cœurs se dilatent et le fieffroi grandit... Le Banquet Bizarre, trois fois bizarre : ils ont respecté nos superbes salles de redoute. C'est là qu'eut lieu le banquet. Faut-il insister que la salle était superbement décorée, qu'il y avait un orchestre symphonique exécutant un répertoire de choix (Satnson, Carmen, etc.) que les mêts étaient succulents: si je dis que tout et tout fut laissé à l'initiative de M. Clément, propriétaire de l'Hôtel de la Poste? M. Braun présidait la table d'honneur. Groupés autour de lu:, à gauche, le Général Bernheim, le Général Rouquerol, Monseigneur l'Evêque Se-ghers, le Général Sicre, le Général De Blauwe, le colonel De Billy, le représentant Mechelynck, le colonel Migeotte, le colonel Piazza, le sénateur Ligy, le colonel Fayaux, le Recteur de l'Université Schoentjes, le Lt Col. Soula, le médecin div. Laine. A droite le général De Goutte, le général Lambert, le Proc. gén. Cal-lier, le général Lartigne, le gouverneur de Kerchove, les colonels Maison et Mercier, M. J. de Hemptinne, les colonels Olaerts ét Uyter-hoenen, M. J. Feyerick, les colonels Chaffary et Cambier. Les autres convives militaires français, fraternisant avec leurs confrères belges. Au dessert M. Braun prononça ce remarquable discours : Messieurs les Généraux et Officiers Français, Au nom de la Ville de Gand je vous exprime la joie que nous causent votre présence et celle de vos admirables troupes ; nos cœurs ont tressailli dans leurs fibres lesjilus profondes à l'aspect de vos soldats; avec quelle allure joyeuse et martiale ils ont défilé devant les chefs auxquels les attachent les liens les plus sacrés, une confiance réciproque, une communauté absolue dans les dangers et dans les sacrifices comme dans la victoire ! Je les ai regardés ardemment; j'ai cherché à | deviner de quelles diverses régions ils se sont ; levés à l'appel du devoir, supputé leurs âges, leurs conditions sociales et vraiment j'ai eu l'impression qu'ils sont venus de toutes les sources vitales et qu'ils incarnent toute la France. Aussi, Messièurs, est-ce à la France que je lève mon verre, en votre personne et en celle de vos soldats. A la France que nous Flamands nous avons toujours aimée. (Acclamations). Généreuse autant que loyale, la France s'est ; plu à déclarer qu'en acceptant la lutte si inégale, imposée par l'honneur, notre Armée a accompli un rôle important, peut-être décisif, dans l'immense mêlée. Ce service, l'Armée Française nous l'a bien rendu. A qui puis-je le dire mieux qu'à vous, à vous qui avez, dans la bataille suprême, côte à côte avec nos soldats, libéré la Flandre et précipité la retraite allemande. (Appl.). Messieurs, Je vous salue tous ceux des vôtres qui ont, en : terre Flamande, succombé pour la tâche sacrée. ; A l'heure où vos premiers fusiliers marins sont ! tombés aux portes de Gand et ont été pieusement déposés dans notre cimetière communal, qui aurait osé prévoir l'épouvantable et nécessaire hécatombe ? Notre population a fleuri leurs lieux- de repos, elle les a visités comme ceux des nôtres ; à côté des nôtres ces héros vivront dans nos souvenirs et dans notre respect. Et maintenant que l'épreuve est terminée, je j vous convie, Messieurs, à acclamer avec moi i les grands Français auxquels nous devons le triomphe final. Je bois à ceux qui furent vraiment les organisateurs de la victoire; au Président de la République Française, à Clémenceau son Premier Ministre, au Maréchal Foch — tandis que les uns maintenaient l'unité d'action de toutes les forces civiles, l'autre assurait , l'unité de tous les efforts militaires. j II m'est particulièrement agréable d'associer à mon taost le .larechal Petam. dont uand fut récemment ia \;:>ie, qui rendi; Verdun imprenable et fit irrésistible la ruée finaie ; ainsi que le général de division Dégoutté que nous avons l'honneur de voir assis à cette table. (Longues acclamations). Laissez-moi rappeler qu'au début de Septembre 1918 notre Roi fut investi du commandement du groupe d'armées des Flandres comprenant les forces Françaises, Anglaises, Américaines et Belges échelonnées entre la mer du Nord et la Lys devant le front Allemand à enfoncer. De son côté le Général Dégoutté fut choisi f comme chef d'Etat Major général du groupe d'armes des Flandres et- de ce fait, Conseiller militaire de notre Roi. Cette distinction est l'hommage le plus éloquent rendu à la valeur militaire et aux brillants états de service du Général Dégoutté au cours de la guerre. L'offensive conduite sous l'inspiration du Général Dégoutté déclancha avec ensemble, gigantesque et irrésistible, le 28 septembre au matin entre Dixnride et Co lines, en passant par la forêt d'Houthulst, de légendaire mémoire et fut menée battant, pendant^5 jours, malgré les fatigues, les privations ei le mauvais temps, pour aboutir au magistral résultat que l'on connaît, l'effondrement total de l'ennemi le long du Canal de Gand à Terneuzen et le long de l'Escaut, c'est à dire aux portes de Gand. Placé aux côtés de notre Roi pour l'œuvre commune de délivrance, le Générai Dégoutté représente mieux que personne l'union profonde des Cœurs Belges et des Cœurs Français. Messieurs, La 132e Division qui a fait aujourd'hui son entrée en noire ville, sous le commandement du Généra! Sicre, vint le 1' octobre dernier, après s'être brillamment distinguée sur d'autres parties du front, reprendre à son edmpte une partie du front d'attaque devant Roulers et alla de succès en succès jusqu'au 11 novembre où elle franchit la Lys de vive force devant Olsene. Général Dégoutte, vous qui avez vu nos soldats à l'œuvre et vous, Général Sicre, qui avez conduit la 132e divison par les chemins et les villages de Flandre, vous avez pu juger quelle haine et quel mépris les hordes Teutonnes ont semés dans nos contrées, vous êtes aussi les mieux à même de me comprendre lorsque je parle de la reconnaissance fière de notre peuple pour la Nation Française, dont nous sommes et voulons rester différents, mais à laquelle nous unit une affection lçyable et durable. (Applaudissements).Jeme puis mieux vous témoigner cette affection qu'en me réjouissant avec vous, avec le Généra! Sicre surtout, Lorrain d'origine, de l'événement qui vous récompense de tous vos sacrifices.Soumis pendant quatre années au joug allemand, nous savons ce qu'ont dû souffrir pendant dix fois plus longtemps les Provinces qui vous avaient été arrachées. Ayant résisté, nous aussi à l'occupant avec une volonté farouche, nous apprécions l'indomptable énergie de vos populations de l'Est, dont la brutalité et la fourberie allemandes n'ont pas altéré le patriotisme. Laissez-moi au nom de la ville de Gand délivrée, saluer ses sœurs délivrées comme elle, les villes d'Alsace et de Lorraine ; et puisqu'elles sont rattachées à la Mère Patrie, les vœux que nous formons pour elles et ceux que nous adressons à toutes vos villes du front, meurtries et décimées, se résument en une seule acclamation : celle que vous avez lue sur nos murs, entendue dans toutes les bouches et qui est dans tous les cœurs, Messieurs : VIVE LA FRANCE !. (Cris répétés « Vive la France ! ». — Marseillaise à l'orchestre entendue debout.) Le général De Goutte, émotionné surtout après un orateur de la valeur de M. Braun, rend hommage au peuple belge enfin libéré. Il remémore encore les exploits de l'armée belge qui put résifter à l'ennemi pendant quatre ans. Notre armée, soutenue par la 2e Armée britannique enleva, lors de la première offensive les ponts stratégiques importants. Puis les Français intervinrent (VIe Armée). Ce fut la libération des côtes. Les Américains jettent leur glaive dans la balance. L'ennemi fut rejeté sur l'Escaut et les troupes alliées amenés devant Gand. Si l'ennemi, conclut le général Dégoutté, après une 4e offensive, dans nos Flandres, a accepté cet armistice, pour eux lamentable,c'est qu'il avait conscience de sa débâcle : les soldats belges y ont taillé leur large part! Depuis le simple soldat jusqu'au général de division, tous j indistinctement expriment leur gratitude pour leur Gand, capitale des Flandres, cité belle et illustre. Ils ont été reçus comme des frères e* ne l'oublieront jamais. Aucune ombre ne ternira jamais l'affection fraternelle et l'amitié et des citoyens de nos deux pays ! Vive la République ! Vive la Belgique une et indépendante ! — Acclamations;^ musique entonne la Brabançonne; ma plume est impuissante devant ce délire. Mme Butterfly Salle pleine et enthousiaste ! Il est inutile de revenir sur les qualités des interprêtes que nous avons détaillées dans notre chronique précédente. Avant M'Butterfly, nous eûmes le plaisir de réentendre les airs nationaux Français et Belges, ainsi que la Marche solennelle de Roels. Le bleu horizon qui dominait dans la salle a mis la note claire dans l'assemblée. ; fi© "Souvenir Patriotique au Cimetiere communal HONNEUR AUX MORTS A peine le défilé à la Place d'Armes de la , 132" division française était-il terminé que la | population s'est réunie en vue de se diriger vers | le cimetière et d'y rendre à nos morts héroïques j le suprême hommage qu'ils méritent. Toutes les sociétés gantoises avaient été invitées à participer à cette manifestation de patriotique reconnaissance et près de deux cents ont répondu à l'appel. Rassemblées avec leurs drapeaux et cartels sur le terre-plein de la Place d'Armes, eiles formaient un véritable rideau de soie multicolore le long duquel défilèrent les glorieux soldats de France. Notons au hasard la délégation des Scouts, de la Croix-rouge, les machinistes et chauffeurs dé l'Etat qui sous l'occupation ont courageusement résisté à l'ennemi, les sociétés libérales du du Rabot, du rempart de Plaisance, de la porte de la Colline, Help U Zelve, l'Union wallonne, la Société française de bienfaisance, les élèves de l'Athenée de jeunes filles, de l'Ecole moyenne etc., etc. Bientôt le cortège se met en route vers la porte de Bruges et il est à peu près midi lorsqu'il arrive au cimetière communal dont l'accès est défendu à la foule. Les drapeaux el cartels se rangent devant, derrière et à droite des tombes des soldats, la musique du 3e de ligne prend place à gauche. Parmi les personnalités officielles, nous remarquons, MM. De Weert, échevin, Carpentier, conseiller communal, général Lambert, major Devillers, capitaine Verbaeys, A. Verbessem, avocat et président du « Souvenir patriotique », ,J. Bidez, professeur à l'Université et président de 1'« Action patriotique», des membres des Comités de Ravitaillement, des corps constitués, des Administrations publiques et privées, etc. Notons aussi la présence denombreux mutilés de la guerre, de parents de soldats tombés au champ d'honneur et de civils fusillés, d'anciens déportés politiques, etc. M. Verbessem, le premier prend la parole au nom du « Souvenir patriotique » : Messieurs ! Vo:ci l'époque traditionnelle où nous allions, isolés et silencieux, vers les tombes des êtres chers, unir,encore dans l'au-delà, nos pensées et nos regrets et puiser dans ce culte que le recueillement domine, une suprême consolation ! Mais voilà que nous délaissons, sans les oublier, les tombes de nos parents, de nos proches, de nos amis, et que, groupés en foule, êtres inconnus les uns aux autres, nous venons au pied de ces sépultures de soldats et de mar- ' tyrs inconnus aussi, exprimer une douleur nouvelle, ressentie avec la plus poignante émolion. Un bouleversement des hommes, des choses, des mœurs et des traditions s'est encore accompli ! Hélas, oui. Notre Patrie bien aimée, terre de paix, de liberté et de travail fut l'objet du plus incroyable et du plus odieux attentat. Une nation arrogante et perverse a lancé sur nous ces cohortes disciplinées dans l'assouvissement de ses instincts séculaires d'atroce sauvagerie. La bravoure allemande s'est abaissée en se ruant inopinément, sans excuse, sans prétexte même, sur un peuple paisible, trop confiant dans la valeur des traités solennels, que l'ennemi insatiable en son orgueil osa qualifier de «Chiffon de papier». Une pareille agression n'était pas seulement la violation de la foi jurée, c'était la lâcheté mise en action par la tactique de l'attaque brusquée. Le peuple belge tout entier se redressa, ferme et fier en ses résolutions, confiant en sa pureté : politique, en sa défense morale, attendant le jugement du monde civilisé et de l'histoire. Au premier rang, on vit l'armée, mobilisée : avec un ordre exemplaire, occuper ses lignes de défense, sous la conduite de son noble chef : S. M. le ROI, et de ses généraux énergiques aux noms aujourd'hui inoubliables et populaires. D'innombrables volontaires belges vinrent grossir les rangs de celte vaillante armée et ré-clamèr l'honneur de défendre avec elle le sol natal, son renom de probité et son droit à la vie, comme nation indépendante et libre. Durant plus de quatre ans, l'aigle allemand aux ailes largement déployées, enserré par les nations alliées dans un cercle infranchissable, volait tantôt au nord, tantôt à l'est, tantôt à l'ouest, pour y laisser l'empreinte sanglante de son bec crochu et de ses serres tenaces. Pendant plus de quatre ans, les débats aussi cruels que désespérés de cet oiseau de proie firent de l'Europe un véritable charnier; par lui tous les pays sont désormais parsemés de cimétières nouveaux, partout les nations civilisées ont dû sacrifier le sang le plus pur de la génération actuelle, voir anéantir l'espoir de leur perfection dans l'évolution de leurs races ! Et cette lutte gigantesque, qui devait durer des années, endeuiller le monde, ensanglanter l'Europe, désagréger les empires et faire crouler les trônes était mené au cri de guerre ou plutôt au blasphème, Gott mit uns .' et au mépris de 1j parole .sublime : Paix aux hommes de bonne volonté ! Pendant ce temps auss!, la population civile du pays occupé, pleine d'espoir dans le triomphe . du droit et de la justice immanente, encerclée dans ses communes, parfois même dans ses foyers, affamée, rançonnée, calomniée et pillée par un ennemi altier et sans merci, essayait par tous les moyens de résistance de seconder l'cetrvre périlleuse de la défense nationale. Malgré les dangers multiples, les machinations les plus perfides imaginées par l'astucieuse culture allemande, des milliers de citoyens belges s'ingénièrent à braver les interdictions comminées sous peine de mort. Hélas ! plusieurs patriotes dévoués et résignés furent condamnés et fusillés à Gand ; à leur tête on peut citer les noms mémorables de fernand LenOIR, fonctionnaire de l'Etat, de l'Avocat BRAET, du vicaire De clercq, noms qui témoignent que dans tous les rangs de la population opprimée, dés hommes de dévouement et d'énergie se signalèrent par un enthousiasme patriotique qui en firent des martyrs de la civilisation. Jaloux et envieux de tant de vertus, les maîtres d'hier prirent pendant fout le temps de leur odieuse tyrannie, toutes les mesures possibles pour empêcher l'exercice du culte des morts, si cher à toutes les religions ! Heureusement, l'Aigle allemand vient d'être abattu, grâce à l'admirable victoire des nations alliées, il gît désormais dans son aire, déplumé et dégriffé, et sa nichée même sera dispersée à jamais ! Aujourd'hui que l'air est purifié, que nos cœurs belges respirent librement et que notre pensée, affranchie des entraves qui l'ont si longtemps enserrée, peut s'exprimer en toutes les langues, nous avons le devoir de manifester notre gratitude envers les morts de toutes les nations amies, qui ont assuré le triomphe de notre cause. Ceux que nous honorons ici, sont les soldats alliés et belges que les événements de la guerre firent inhumer et grouper dans cette enceinte, à la suite des actions militaires de Quatrecht, de Landegem et en partie des sanglants et longs combats de l'Yser! Ce sont aussi ceux dont les corps furent pieusement ramenés ici pour reposer dans les sépultures de famille, par leurs parents et amis éplorés; ce sont encore ceux des 61 fusillés belges, tombés sous les balles allemandes, pendant la domination teutonne. A tous ces morts glorieux, connus et inconnus, s'adresse notre hommage respectueux et reconnaissant. Bientôt nous verrons les œuvres de nos artistes, des poètes et des littérateurs, des pein(res, des sculpteurs, glorifiant les actions d'éclat de tous ces soldats du devoir et perpétuant le souvenir de leur abnégation ; notre hommage est plus modeste en son expression, mais il n'est, il ne restera pas moins enthousiaste. Cette heure, Messieurs, est solennelle, elle est celle d'une fondation nouvelle dans les mœurs de notre cité, elle est l'émanation de l'esprit social si intimement uni à la vie de nos communes flamandes,-et c'est sous le nom de «Souvenir Patriotique» que notre population unie dans les liens d'une grandiose mais bien touchante solidarité, viendra annuellement fleurir ces tombes vénérées et exalter comme elles le méritent les vertus de ces héros, morts au champ d'honneur. Fidèles à l'exemple que pendant près d'un demi siècle, nous donna la France, cette généreuse alliée, en commémorant dans l'adversité des événements douloureux mais pleins d'honneur, les Belges, désormais dans la prospérité due à la victoire des races latine et anglo-saxonne, unies pour la même cause, sauront se souvenir des vies sacrifiées pour assurer l'indépendance de notre Patrie et le progrès de l'Humanité. Les méfaits que l'Allemagne a commis sur notre sol ont provoqué sa déchéance morale, c'est son premier châtiment; mais ils ont eu au moins cette conséquence de régénérer notre esprit national, d'agrandir le patrimoine collectif de notre moralité, de grouper d'une manière indéfectible toutes nos énergies. Les sacrifices de la vie de nos fils seraient vains et stériles si nous devions oublier ce qu'ils firent pour garantir au monde un avenir plus serein, empreint de plus de grandeur et plus de liberté. Qu'aucun de nous n'oublie que lorsque la guerre des armées aura pris fin, celle des esprits contrits et des cœurs ulcérés commencera. Ce sera la grande tâche de demain. A l'hommage de nos fleurs et de nos discours nous joindrons celui du devoir inébranlable dans la résistance. Nous ne nous laisserons plus envahir, ni territorialement, ni économiquement, ni moralement; notre résistance sera perpétuelle comme notre reconnaissance, et c'est ainsi que nous glorifierons l'œuvre de ces morts vénérés, entrés en héros et pour notre salut, dans l'immortalité ! M. De Weert s'adresse à l'assistance au nom de l'Administration communale : Messieurs, J'ai mission, en remplacement de M. le Bourgmestre, retenu par d'autres devoirs et que vous voudrez excuser, de m'associer au nom de l'administration communale el delà population gantoise toute entière, à votre touchante manifes'a-tion et de souscrire aux paroles éloquentes que M. Verbessem, président du Souvenir patrioti-

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