La nation

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s.n. 1914, 24 Juin. La nation. Accès à 30 novembre 2023, à https://nieuwsvandegrooteoorlog.hetarchief.be/fr/pid/h12v40kr31/
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4 e ANNEE. — N0 21. — Le Numéro : 5 cenîfnaes Affilié à l'Union de la presse périodique Belge. Mercredi 24 Juin 1914 LA NATION « Pour la Culture Français! Journal hebdomadaire paraissant le mercredi. « Pnnr la fiilfiirt» Frainn*aisc. » ABONNEMENTS : Belgique : 3.50 francs : France : 5 francs; Étranger : 7 francs. BUREAUX DU JOURNAL : 106B, Rue de TArbre-Bénit, Bruxelles Téléphone B 1848. Les manuscrits non insérés ne seront pas rendus. Il sera rendu compte de tout ouvrage dont deux exemplaires seront envoyés à la rédaction. ANNONCES : On traite à forfait. LA LUTTE DES LANGUES en Belgique jugée par un Allemand Personne ne l'ignore : c'est d'au-delà du Rhin que nous vient la lumière. Chaque fois que la science allemande a daigné s'occuper de nous, de nos affaires et de nos querelles, ç'a été pour nous apporter des révélations dont s'est effarée notre frivole inconscience. Hier encore, une revue au titre imposant, Die Deutschvôlkliche Hochschulblâtter, collaborait de la sorte à notre instruction. Nous apprenions, entre autres choses profitables, que la Belgique entière gémit sous le joug français, que les Wallons sont des Germains contraints à parler une langue étrangère : le français, et qu'un seul recours nous restait si nous ne voulions nous voir absorber par notre voisine du sud : nous précipiter éperdus dans le sein de la plantureuse Germania. Voici qu'à son tour une revue historique généralement sérieuse, les PreussischeJahr-biicher, prête à notre myopie le secours de ses doctes bésicles. Elle vient, en effet, de publier une conférence faite à Leipzig par un certain Dr. Oszwald sur « La lutte des nationalités entre Flamands et Wallons ». Que le Dr. Oszwald ait pour les flamingants l'indulgence attendrie du hibou pour ses petits, je ne songe pas à m'en étonner autrement. On ne reproche pas à un avocat de blanchir ses clients, et notre conférencier témoigne d'une si naïve ardeur apologétique que sa sollicitude paraît naturelle et normale. Il convient cependant de souligner quelques traits de son exposé. Ils sont, pour qu'on les néglige, ou trop importants ou trop savoureux. * * * je ne sais vraiment pourquoi, tandis que je lisais ces pages compactes, chantait dans ma mémoire un vieil exemple de la grammaire latine : Quœ volumus, credimus libenter. Oh ! oui, à Leipzig aussi, « on croit volontiers ce qu'on désire ». C'est pourquoi, sans doute, le Dr. Oszwald voit nos luttes d'ici sous de si sombres couleurs. Il s'apprête à verser un pleur sur notre nationalité défunte. Son œil perspicace aperçoit distinctement chez nous les signes orécurseurs des pires catastrophes. £t d'abord les menées étrangères... « Quoi, direz-vous, le Dr. Oszwald lui-même dénonce cette propagande pangermaniste?... » — Non pas! non pas! Ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Il s'agit de la « section belge de l'Alliance française », dont il stigmatise l'oeuvre néfaste... S'il faut tout dire, cette accusation me bouleverse. Car j'avais jusqu'ici la prétention de la connaître assez bien, cette perfide Alliance française, et je croyais savoir qu'un article de ses statuts lui interdit formellement toute propagande politique. Puis une « section belge de l'Alliance française » ! Jamais je n'en aperçus l'ombre. Vous non plus?... Qu'importe, puisque le Herr Doktor nous l'assure... Mais voici bien d'autres nouvelles, de ces nouvelles qu'on ne peut apprendre sans frémir ! « En Belgique, déclare notre auteur, on parle ouvertement d'une révolution, et des cercles nombreux l'attendent pour l'époque des élections prochaines. » Quoi ! le 24 mai devait dresser chez nous les barricades, et nous ne nous en doutions pas ! Quel aveuglement était le nôtre !.. Ah ! maintenant je comprends tout ! Oui, ces cris, ce tumulte, ces foules haletantes d'angoisse, et dans tout le pays, des semaines durant, cette atmosphère de fièvre intense, tout cela c'était la Révolution, la hideuse Révolution en marche ! Quels dieux favorables eurent pu l'arrêter? Car enfin, nous l'avons doublé ce cap des tempêtes. Nous l'avons doublé sans trop de mal... Allons, remettons-nous de cette alerte. Essuyons la sueur il froide dont elle nous inonde. Et soupirons d'aise : Nous l'avons, en votant, Messieurs, échappé belle! ♦ * Un soupçon me vient. Ne se serait-il pas glissé, parmi les informations flamingantes du Dr. Oszwald, quelque Lemice-Terrieux d'assez mauvais goût? Il se peut. La difficulté pourtant, c'est que sur des chapitres où il lui était aisé de se documenter lui-même, l'historien allemand nous ménage les mêmes stupeurs. Il exalte longuement la pensée flamande, l'art flamand, la littérature flamande. C'est parfait et je n'y contredis point. Mais voyons un peu l'autre panneau du diptyque... Hélas! il nous réserve une rude leçon d'humilité. En Flandre, les fruits les plus rares d'une civilisation raffinée; en Wallonie, rien : ni littérature, ni art, ni pensée... Je me trompe; en fin de paragraphe, le Dr. Oswald a eu un remords, et il ajoute avec un dédain condescendant : « C'est seulement comme soldats vaillants et braves chefs d'armées que les Wallons se sont acquis quelque estime ». Et voilà comme on écrit l'histoire à Leipzig ! Cette ville n'est cependant pas très éloignée de Halle. Avant de monter à la tribune, notre conférencier n'aurait pas été trop mal inspiré en allant y faire une courte visite au savant doyen des romanistes allemands, M. Hennann Suchier. Il aurait appris de sa bouche quelques petites choses assez neuves, du moins pour lui : que c'est probablement de la région namuroise que vient un des plus anciens monuments de la littérature française, La Vie de Saint Léger; que c'est dans notre Hainaut qu'a été composée, au début du XIIIe siècle, la délicieuse chantefable d'Aucassin et Nicoiette; que le pays wallon était, au XVe siècle, le centre incontesté de l'historiographie en langue française, etc. Un historien de l'art lui aurait rendu d'analogues services. Et puisqu'il existe, dans les universités allemandes, des chaires d'histoire de la musique, il aurait pu, pour clore son enquête, interroger l'un ou l'autre de leurs titulaires. Chez ce dernier, toutefois, je l'avoue, il aurait eu le droit de faire la moue. Qu'est-ce que Grétry et César Franck, à côté de Peter Benoît? Rien, évidemment. Au reste — l'avez-vous remarqué? — les maigres mérites qu'il veut bien nous concéder, ce sont ceux-là mêmes que l'on accorde communément aux Albanais : la bravoure guerrière et l'habileté tactique. Pauvres Malissores que nous sommes!... Trop heureux, cent fois trop heureux, si l'Allemagne, pour nous civiliser, nous faisait la grâce de nous envoyer un autre prince de Wied !... Par exemple, je ne réponds pas de l'accueil... * * * Ces détails suffisent, je pense, et l'on peut apprécier maintenant l'information, l'impartialité et le sérieux de notre nouvel historien. Je veux cependant reproduire encore quelques phrases de sa conclusion, car elles sont pleines de signification. « Nous devons, déclare-t-il, accorder en Allemagne la plus grande attention à ce mouvement (le mouvement flamand) ; là, en effet, dans ce coindu nord-ouestde l'Europe, se préparent des choses qui, à nous Allemands, ne peuvent pas rester indifférentes. » Eloquent aveu!... Oh! le Dr. Oszwald se hâte de protester de la pureté de ses intentions. Mais oui, Herr Doktor, mais oui, nous le savons. Chaque chose vient à son heure et r.u théâtre pangermaniste, les drames se jouent en trois actes : le maître d'école d'abord, le commis-voyageur ensuite, le casque à pointe enfin. « Le succès, poursuit-il, ou l'échec du mouvement flamand aura la signification d'un renforcement ou d'un affaiblissement de la culture germanique en face de la culture romane. » On ne peut plus nettement laisser entendre que la « flamandisation » projetée de l'Université de Gand serait fêtée à Leipzig — et à Berlin — comme une victoire de la deutsche Kultur. La parole est à nos législateurs. A eux de voir s'ils sont d'humeur à travailler pour le roi de Prusse. Gustave Charlier. ÉCHOS Le Paradis des fonctionnaires Le Ministre des Postes vient de décide] de supprimer la fameuse bandelette dominicale des timbres. Très bien. Mais — ne triomphez pas ! — c'es parce qu'il a l'intention de supprimer toute distribution le dimanche. Et cela est moin! bien; c'est même fort mal. Il est entendu, n'est-il pas vrai? que dans ces colonnes, où nous nous efforçons de détourner l'attention du public de l'assommante politique, nous ne nous plaçons pas au point de vue auquel se placerait M. Ho-mais pour combattre la mesure que projette de consacrer le ministre. Nous n'envisageons simplement que l'intérêt du public et au nom de ce public noui protestons contre la malencontreuse initiative de M. Segers. Il n'est vraiment pas tolé-rable que pour permettre à quelques fonc tionnaires de fumer leur pipe chez eux alors qu'ils la fument très bien dans le bureaux de l'administration, l'on arrête h vie sociale du pays pendant ving't-quatri heures. Est-ce que les fonctionnaires de l'admi nistration des Chemins de fer n'ont pas l< vie aussi dure que leurs collègues des postes Dès lors, s'il veut être logique avec lui même, M. Segers doit les faire bénéficie des mêmes avantages et arrêter le dimanche le service des trains. Où allons-nous, grands dieux! avec un-conception pareille des services publics? Veut-on appliquer chez nous le système anglais au moment où la Grande-Bretagn-s'efforce, sinon de l'abolir totalement, di moins d'en adoucir les rigueurs? Ce système n'est pas tolérable chez nous Si r on veut faire quelque chose pour le employés des postes, que l'on maintienne le dimanche, le service ordinaire jusqu' l heure, mais qu'on double le traitement d ces fonctionnaires le dimanche. C'est le seul moyen de satisfaire à la foi le public et les fonctionnaires. Toute autre mesure est vexatoire et tra cassière. * Le Règne du Por!e-monnai< Connaissez-vous rien de plus insipide, d plus ennuyeux, de plus horripilant que l compte-rendu des débats del'affaireWilmarl Y comprenez-vous quelque chose? Me pas. Et même si j'y comprenais quelqu chose, je ne les lirais pas. Et vousP Si, a moins, les prévenus étaient intéressants! Or,le public belge, ce même public qui j désintéresse de la politique, des science: de? lettres et des arts, se passionne pour un affaire, qu'il ne comprend d'ailleurs pas pli que vous ni moi. Que voulez-vous? Il s'agit d'une questio de porte-monnaie et l'horizon de notre bo public ne s'étend guère au-delà. * * * La Loi de trois an M. Viviani, le nouveau président d Conseil des Ministres de France, a fait, a cours de l'interpellation qui a suivi la le< ture de la déclaration ministérielle, d< déclarations formelles quant au maintien c la loi de trois ans, tant qu'on n'aura p< trouvé autre chose pour assurer à la Franc la sécurité de ses frontières. Nous nous en réjouissons, non pas seul< ment comme amis de la France, amis soi cieux de tout ce qui fait sa grandeur, ; force et son prestige, mais encore comn Belges, profondément attachés à notre nati< nalité. Tout ce qui est de nature à rétab! l'équilibre entre les forces françaises et all< mandes, équilibre rompu par la mégalc manie impérialiste; tout ce qui est de natui à maintenir et à rendre plus intimes les rel; tions entre les pays de la Triple-Entent de cette Triple-Entente destinée à réfrén les appétits tripliciens, sera toujours accuei avec joie par les patriotes belges. La France amoindrie, c'est la Belgiqi en danger. On ne l'oublie que trop dans certai: milieux belges, chez les mystiques du pac fisme. Et ces bonnes âmes ne s'aperçoivent p qu'en s'efforçant de propager leur thèse, préparent une conflagration européenne. Préservons des pacifistes la paix c monde. Il II il II' IM Mi III—M— Wlll mil III lli Mil—■ Leurs Excellences MM. les Trous MM. les Trous de Paris, désolés de ce que les visites des souverains étaient terminées et que l'attention du public se détournait d'eux, ont résolu de frapper un grand coup pour ramener vers eux la curiosité du bon peuple de Paris et, pour ce faire, ils ont tout bonnement happé quelques passants et les ont engloutis. Il paraît que leurs confrères de Bruxelles béent de jalousie. Vous verrez que l'un jour ou l'autre, à l'instar de Paris, ils rappelleront aux Bruxellois que la Belgique ne le cède en rien à la France. Et notre patriotisme sera satisfait. Peut-' être que celui des paisibles passants ne le sera pas. Mais c'est là une considération de minime importance. Expansionnisme bien compris ; Il paraît que nos plats nationaux ont remporté le plus vif succès en Provence. A Valence, en effet, les Epicuriens de la Ligue des Gourmands ont fait figurer tour à tour, sur le menu d'un diner qu'ils ont offert à leur compatriote Paul Bouillard, propriétaire du " Filet de Sole H de Bruxelles, l'Anguille au Vert et la Bouillabaise, le Waterzoei et la poularde Poincaré, la Carbonnade flamande et la Daube proven-» çale. Gageons qu'il vaut mieux, pour apprendre à la France à estimer et à aimer notre pays, employer ce procédé que de lui • envoyer les conseillers communaux d'An-' vers. i * Un Belge apprend le français aux... Français ) Voile-toi la face, ô Mirbeau! Un Belge, un Belge authentique, Géo d'Harvé r (Georges Rens) vient de se voir décerner 5 rar l'Académie française le prix Saintour, u-: îHaqiv*- asnée au meilleur ouvrage ; qfe lexicologie et de grammaire, pour son livre : " Parlons bien ". ; Est-ce que décidément ce serait à Bru-; xelles qu'on parle le meilleur français? î * Aux Belges morts à Waierloo Ainsi donc le Comité belge de Waterloo ^ a voulu commémorer cette année « les nobles sacrifices consentis à l'honneur du drapeau par lesBelgo-Hollandais ». s L'on s'est rendu en un pieux pélérinage sur l'emplacement où sera élevé le monument belgo-hollandais et l'on y a prononcé des discours à la gloire de ceux qui succombèrent pour la défense du drapeau du Prince d'Orange. L'on n'y a oublié qu'une chose, c est î de saluer ceux d'entre nos compatriotes qui combattaient dans les rangs de la e Grande Armée. e Nous sommes les fils de ceux-là et nous n'oublions pas que Waterloo fut 1 évene-(1 ment le plus néfaste de notre histoire e nationale, puisque Waterloo sonne le glas 11 de nos libertés et qu'il devait nous valoir le joug le plus insupportable que nous e ayons subi depuis la domination espagnole. Tous ceux qui moururent pour cette e cause qu'ils croyaient juste méritent le res-s pect et la vénération. Mais notre sympathie va plus particulièrement à ceux des nôtres n qui moururent, sous des balles fratricides, n en criant : " Vive l'Empereur ! n Un raid hippique s Bruxelles-Ostende ... Pourtant on se l'était bien promis : u plus jamais l'on n'autoriserait en Belgique u des raids aussi barbares que celui qui eut lieu il y a quelques années. Et voilà que l'on va recommencer. Soit! Mais que la Société protectrice IS des animaux veillt et qu'il soit bien entendu 6 que le concurrent dont le cheval arrivera épuisé à la fin de l'une ou l'autre des étapes sera disqualifié. ia * * e En l'honneur >- de Camille Lemonnier jr Les admirateurs de Camille Lemonnier tiendront vraisemblablement à faire partie du pèlerinage littéraire, qui s'organise pour e le 28 courant, vers Esneux. C'est à cette date que la Fédération des artistes wallons 2 inaugurera le mémorial élevé par ses soins 5r à Camille Lemonnier. ]j Le grand écrivain affectionnait tout particulièrement ces paysages des bords de ie l'Ourthe. On rappellera, au cours de cette inauguration, que c'est à Esneux qu'il écri-ls vit 1' » Hallali ». i_ Le monument qui consiste en un très beau monolithe, sera précisément orné d'un as bas-relief de bronze, représentant le princi-1s pal personnage de 1' " Hallali n sonnant du cor. lu L'œuvre est due à l'artiste statuaire Georges Petit. Quand il n'y en a plus... Il y en a encore... 11 suffit de faire un léger calcul des probabilités et d'établir une moyenne pour se prouver, clair [comme le jour, que tous les Français finiront — tous, vous m'entendez, sans exception — par être ministres...ou l'avoir été. Car on ne peut pas, dit le proverbe, être et avoir été. « Pardon, monsieur, disait Augustine Brohan, la plus spirituelle actrice de France, à un freluquet qui crpyait ainsi la consoler de vieillir. On peut avoir été un imbécile et l'être encore. » Donc, tous les Français n'ayant pas subi de condamnation infamante, ou n'exerçant pas de métier infâme — et encore?— finiront par connaître, l'un après l'autre, les joies du portefeuille amoureusement contemplé, conservé peu de temps, mais assez pour l'honneur des cartes de visite, et remis enfin dans un beau geste offensé, à une forêt de mains tendues. Ce sont des choses qu'un député n'oublie pas. En un peu plus de huit jours, quatre combinaisons se sont succédées. Comptez les ministrables qu'elles impliquent. Leur nombre n'est pas mince, et ils gardent, d'un rêve de Palais-Bourbon, plus de douceur que d'amertume. Ils furent grands, une heure, un jour, à leurs propres yeux, ceux de leur femme plus tendre, de leur concierge adoucie par l'affriolante perspective d'un bureau de tabac où caser ses vieux os.Car,si les bureaux-ministres passent, les bureaux de tabac restent. Si j'étais ministre, je m'empresserais, pour assurer mes vieux jours, de me nommer titulaire d'un bureau de tabac. Et sans inquiétude, le front serein, je marcherais aux interpellations. Les ministres d'un jour ou d'une heure sont en somme les heureux. Ils ne connaissent de la faveur populaire que son premier et unique sûurire. lis uni ie cœm et le portefeuille légers. Ils se consolent en songeant que montés sur le faîte, la Chambre aurait quand même aspiré à les en faire descendre, et que « qu'est-ce que tout cela qui n'est pas éternel ? » Une heure ou trois mois, ça se vaut dans le grand sablier. Les plus courtes lunes de miel sont les meilleures. Ce qui frappe dans la vie politique française, c'est justement la multiplicité de ces fils qui s'entrecroisent, la complication de ces intrigues, l'abondance de concurrents : les gens intelligents, là-bas sont légion. Ils sont en tout cas beaucoup plus nombreux que chez nous — ce qui n'est pas, il ( est vrai, beaucoup dire. Chez nous quand on a, suant sang et eau composé un ministère, son propre parti a beau ne pas se faire illusion sur ses mérites, l'opposition lui faire avaler des couleuvres, les journaux le blaguer.- Il reste, par une sorte de force d'inertie, par une impossibilité surtout d'en trouver un autre. Très peu d'hommes d'Etat feraient chez nous des ministres sortables. Très peu possèdent les idées générales, le frottis de tous les sujets, la vague compétence universelle, l'esprit de décision rapide, ie caractère pratique de l'esprit, tout ce qui enfin est nécessaire pour diriger un ministère et avoir l'air de s'y connaître. Chez nous la supériorité des uns est surtout faite de l'infériorité des autres. Et l'on a une terreur absurde et charmante des responsabilités. Ce n'est pas là ce qui étouffe nos voisins. Certains hommes-orchestre y cumuleraient plutôt tous les portefeuilles. Les ministres, en France, sont comme ce malheureux prêtre de Némi, infailliblement voué à être massacré par son suc cesseur. Dans les yeux de chaque collègue, ils lisent le désir de les voir disparaître, un cynique: « Ote-toi de là que je m'y mette. » L'oreiller d'un ministre doi être rembourré d'angoisse. Mais comme tous ces gens-là son amusants, vivants, violents et subtils Quel merveilleux et humain spectacle il: présentent aux yeux ébahis de l'Europe qui n'en revient jamais l II y a là d'ines timables énergies humaines, fourvoyée; parfois, mais au jeu toujours bigarré e séduisant. L'étranger n'en discerne pai plus les nuances qu'il n'isole les couleur; d'un tournoyant kaléidoscope. Mais il es ébloui et charmé. L'intelligence, sa vieille magie, soi antique prestige, ne sont pas morts Comparez la politique française à toute: les autres; si gauches, si ennuyeuses,s sevrées d'imprévu et d'esprit. Si l'Europi tout entière suit celle-là avec plus di fièvre, comme jadis on suivait les joute athlétiques, c'est que les plus subtils e plus vigoureux muscles de l'esprit s'; délient, et qu'être intelligent, pour l'hon neur du monde, ce n'est, même aujour d'hui, pas rien. Junia LETTY. —Eaa»«-iii ii rail La loi des trois ans et la paix du monde L'éclatante victoire qu'a remportée il y a quelques jours, au Palais Bourbon, la loi des trois ans, cette loi qui honore si grandement ses promoteurs, MM. Briand et Barthou, a une mauvaise presse chez nos pacifistes. Us y voient un geste agressif, alors que tout démontre qu'il s'agit, au contraire, d'une mesure strictement défensive; bien plus, d'un effort pour le maintien de la paix européenne et par là même pour celui de notre sécurité nationale, à nous, Belges. A quels mobiles ont obéi les éminents hommes d'Etat qui l'ont proposée? Est-ce dans le noir dessein de pousser à la guerre deux grands peuples voisins ou n'est-ce pas plutôt, au contraire, dans l'intention louable de rétablir l'équilibre entre l'effectif des troupes françaises et celui de l'armée allemande, pour le plus grand bien de la paix de l'Occident? Quel était, en effet, à la veille du vote de la loi, la situation réciproque des deux armées ? L'Allemagne avait, à la suite d'efforts successifs, porté son effectif à 631,000, à 680,000, puis, en 1913, à 876,000 hommes. La France n'avait à lui opposer que 400,000 hommes. En d'autres termes, il n'y avait qu'un soldat français pour deux allemands. Cette infériorité numérique frappa tous les esprits. Et tous les partis furent d'avis qu'il convenait d'y remédier. Comment? Les uns proposaient de mettre en application le principe de la nation armée; d'autres préconisaient une utilisation plus rationnelle des réserves; d'autres la suppression des embusqués-, d'autres' enfin le service de 27 mois, de 30 mois, etc. Le conseil supérieur de la défense nationale, qui compte dans son sein les sommités militaires françaises, exprima à l'unanimité de ses membres l'avîs que seule la loi de trois ans pourrait rétablir l'équilibre entre les armées française et allemande. C'estdans ces conditions que M. Briand proposa et qu'après lui M. Barthou fit voter par le Parlement, à une énorme majorité, la loi portant de 2 à 3 ans la durée du service militaire. L'effectif de l'armée métropolitaine française passe dès lors à 792,000 hommes, c'est-à-dire qu'il devient à peu près équivalent à l'effectif allemand. Le peuple français accepta avec un courage et une fierté admirables le lourd sacrifice que lui imposaient les nécessités de la défense nationale. Le corps électoral, à une majorité de plus d'un million d'électeurs, ratifia le vote de la loi. La nouvelle Chambre enfin vient de témoigner de sa volonté de la maintenir intacte aussi longtemps que les circonstances extérieures l'exigeront. Cette loi de sécurité nationale qui n'est, comme l'a si bien dit M. Barthou, « ni une agression, ni une provocation, mais une réplique inévitable » a eu pour effet non seulement de resserrer les liens qui unissent la République à ses partenaires de la Triple-Entente et de rehausser la France aux yeux de ses adversaires, mais encore de rassurer les peuples neutres, dont la principale sauvegarde est l'équilibre entre les forces militaires des deux grandes nations. Il n'y a donc eu dans le vote de la loi de trois ans aucune visée belliqueuse, aucune menace nationaliste, aucun accès de chauvinisme. Il y a — et il n'y a que — le souci d'assurer en même temps que la sécurité de ses frontières, la paix du monde et l'intégrité territoriale des pays neutres. Accuser la France de chauvinisme est aussi grotesque que de l'accuser d'anti-patriotisine. La république n'est peut-être pas pacifiste (ils sont évanouis les sombres jours où M. Delcassé fut sacrifié sur l'auttl du pacifisme), mais elle est pacifique.Elle l'a montré il y a quelques mois à Versailles lorsqu'elle appela à la plus : haute magistrature l'homme qui sut, à t une heure particulièrement trouble, au > milieu d'une Europe singulièrement éner- > vée, parler haut et ferme au nom de la t France et réfréner les ardeurs belliqueuses de certaines nations. i Non I la France n'a aucune visée belliqueuse vis-à-vis d'aucun peuple. ■ ® Elle reconnaît la beauté de la civilisa-i tion allemande. Elle l'admire. ; Elle comprend (le peuple allemand le ; comprend aussi ; malheureusement il n'a î pas son mot à dire dans le gouvernement t de l'Empire) que s'il est deux peuples faits pour s'entendre, deux peuples qui doivent s'inspirer une estime réciproque, c'est bien l'Allemagne et la France. Mais pour que cette entente puisse s'établir, il est une question qui doit être résolue, bon gré mal gré : la question d'Alsace. Hélas ! il faut à la France

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