La nation

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s.n. 1914, 29 April. La nation. Seen on 21 February 2024, on https://nieuwsvandegrooteoorlog.hetarchief.be/en/pid/9g5gb1z78t/
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4< ANNEE. n ie. - • Le Numéro : 5 centimes. Affilié à l'Union de la presse périodique Belge. Mercredi 29 Avril 1814 LA NATION « Pour la Culture Française. » Journal hebdomadaire paraissant le mercredi. « Pour la Culture Française. » ABONNEMENTS : Belgique : 3.50 francs ; France : 5 franco; Étranger : 7 francs. BUREAUX DU JOURNAL : 106B, Rue de l'Arbre-Bénit, Bruxelles Téléphone 8 18 48. Les manuscrits non insérés ne seront pas rendus. Il sera rendu compte de tout ouvrage dont deux exemplaires seront envoyés à la rédaction. ANNONCES : On traite à forfait. OHÉ! LES WALLONS Quel spectacle grouillant de vie et de pittoresque que celui des. quartiers populaires de nos bonnes villes flamandes. Passant dernièrement à Lou-vain par une rue bordée de basses maisons d'ouvriers, les trottoirs et la chaussée étaient encombrés d'un peuple de marmots de 3 à 10 ans, remuants et tapageurs. Les garçons, le visage crotté, les cheveux dressés en houppes menaçantes, salis et dépenaillés, se poursuivaient avec des cris, s'agrippaient avec des gestes saccadés, se poussaient, se cognaient, pendant que, mêlées à la troupe, les petites filles, plus soignées en leurs minables habits de pauvres, tricotant, jacassaient entre elles ou surveillaient les ébats maladroits de quelque nourrisson, dont elles avaient la garde. Et soudain, trouant l'air avec des éclats de voix que l'écho répétait, l'appel aigu, traînant sur la dernière syllabe modulée en majeur, de la maman, grasse ménagère aux pieds nus dans ses sabots. Ma pensée s'est alors reportée vers les corons ouvriers de ma Wallonie industrielle, proprets, riants, affairés — mais où manque cette surabondance de vie d'une marmaille, maîtresse du pavé. Quelle monotonie dans ces longues files de maisons où, sur le seuil, le père accroupi fume sa pipe, le nez levé vers ses pigeons, décrivant dans l'air de grands cercles concentriques, pendant que la maman, les mains aux hpnoh^c; rancune avec la voisine, ayant pendu à son tablier l'unique enfant, capricieux et « gâté », que l'on a voulu ! 11 y a là, prise sur le vif, une manifestation concrète d'un double phénomène, gros de leçons et d'avertissements : d'un côté, la Flandre et sa couronne d'enfants magnifiques de santé; de l'autre, la Wallonie, tarissant dans sa source la race qui doit perpétuer son génie et son effort ! Alors qu'en 1846, la proportion des naissances était sensiblement la même pour les provinces wallonnes et les provinces flamandes, voici comment elle s'établit en 1900 (par 1000 femmes mariées) : Anvers, 225; Flandre orientais, 254; Flandre occidentale, 274; Limbourg, 271; Brabant, 173; Hainaut, 135; Liège, 160; Luxembourg, 193; Namur, 151. Je signale ces chiffres, éloquents dans leur brutalité, non seulement à tous les bons wallons, mais aux dirigeants du mouvement wallon, comme un aspect de la question des races, dont les uns et les autres se préoccupent. Et il est primordial. A quoi aboutiront tous les efforts du régionalisme le plus fervent, de défense de la culture et des droits linguistiques, s'ils ne servent qu'un peuple qui, dans une vie impure, se suicide lentement. Qu'auront produit tous ces efforts quand, à la fin de ce siècle, la Belgique comptera trois quarts de Flamands, pour un quart seulement de Wallons, et quels Wallons! amollis, dévirilisés par une vie lâche et facile. Que les Wallons y songent et que ceux qui ont pour leur peuple assez d'amour pour oser lui dire la vérité, la lui crient toute entière. Ohé! les Wallons! Elie BAUSSART. La part du Rêve II paraît que la période électorale est ouverte en Belgique. L'eussiez-vous cru? Pas la moindre brise oratoire, nul vent de passion, rien qui trouble la sérénité de la vie dans notre pays parfaitement neutre. Est-ce indifférence, lassitude ou dégoût pour les choses politiques ? Y a-t-il seulement encore des comités et des can Jidats? Prions le ciel, mes frères, qu'il daigne nous envoyer deux ou trois hommes décorés, en possession d'un paquet de sottises et d'un bagage considérable de gros mots, deux ou t'rois homme à l'air méchant, grave, sévère, à la face couverte de poils plus ou moins peignés et que ces êtres soient capables de faire beaucoup de bruit, d'écrire dans les journaux. Ainsi les apparences pourront au moins être sauvées pendant qu'il en est temps encore... Crispin de PASSE. ÉCHOS Eai l'honneur du plus français des Belges. Car il fut belge, bien qu'il aimât la France par-dessus tout et qu'il servît l'Autriche. Sa gloire, universelle, répand sur notre pays un éclat prestigieux. Le prince Charles-Joseph de Ligne, car c'est de lui qu'il s'agit, vous l'avez deviné, fut peut-être l'écrivain le plus pur, le prosateur le plus artiste, le poète le plus passionné de la nature qu'ait connu le XVIIIe siècle. Ce fut peut-être le plus subtil ironiste de 1' époque. Ses mots faisaient les délices de la Cour et de la ville. Un jour, un marquis ennuyeux l'avait abordé en baillant. — " C'est ce que j'allais vous dire " s'était écrié le prince. Une de ses parentes avait un faible pour tout ce qui touchait à la noblesse. Un jour qu'il causait avec elle de sa manie, il se leva, alla fermer les rideaux de la chambre en disant avec un flegme admirable : " C'est la lune; elle n'a pas quatre quartiers et ne doit pas entrer chez vous ". Un jour que l'Empereur lui demandait ce qu'il aurait voulu être, il fit cette réponse: j aurais voulu eue joue ïemme jusque trente ans; ensuite un général d'armée fort habile jusque soixante, et puis... cardinal jusque quatre-vingts ". Le prince de Ligne créa chez nous l'esprit de société si favorable à l'éclosion des belles lettres. Il y a cette année un siècle qu'il mourut. Je disais l'an passé, dans un de nos quotidiens, qu'aucune cérémonie ne commémorerait sans doute le triste événement, tant est profondément humaine l'ingratitude. Je constate avec une joie très vive que je me suis trompé. A l'initiative du Cercle archéologique d'Ath, auront lieu les 25, 26 et 27 juillet 1914, à Beloeil, dans ce délicieux coin de notre Wallonie, des fêtesqui promettent d'être des plus charmantes. Il y aura une cérémonie auprès de la statue, un cortège, l'inauguration d'un monument conimémo-ratif, l'exécution d'une cantate, la représentation dans l'adorable parc de Beloeil d'une comédie du Prince " Colette et Lucas " une fête de nuit, des concerts, etc. En outre le comité organisateur (et c'est là une initiative tout-à-fait heureuse) publiera, en une élégante collection illustrée, les œuvres du chaimant écrivain. Une souscription publique est ouverte, chez le secrétaire-général du Comité : M. Leuridant à Beloeil. La liste des administrations, sociétés et particuliers qui voudront bien collaborei à la commémoration sera publiée dans le " Livre d'or du Centenaire du Prince de Ligne ". Il est fait appel à la générosité des souscripteurs : le Prince de Ligne doit êtie célébré d'une façon digne de sa mémoire. Pour conî£ï3î£r tout le monde... et Anvers. L on sait que Liège et Anvers se disputent l'honneur d'une exposition internationale en 1920 et le Gouvernement ne parvient pas à oser choisir. Il y a, nous semble-t-il, un moyen de mettre tout le monde d'accord : ce serait d'organiser l'exposition à la fois à Anvers et à Liège. Les pays germaniques exposeraient à Anvers; les pays latins à Liège. Le pays entier en tirerait un profit appréciable : les étrangers iraient à l'une et à l'autre et traverseraient par conséquent tout le pays, Anvers pourrait donner libre cours à son fanatisme flamingant et Liège pourrait témoigner comme elle l'entend ses sympathies à la France. De cette façon, des incidents aussi déplorables que ceux qui se sont produits l'an dernier à Gand ne se renouveleraient plus. * » Les " flamingants " du Grand-DucSié. L on sait qu'à l'heure où paraîtront ces lignes, nos souverains seront les hôtes de la Grande-Duchesse de Luxembourg. La population luxembourgeoise s'apprête à leur faire un chaleureux accueil. Au programme figure notamment l'exécution d'une cantate... en dialecte luxembourgeois.Le compositeur de la cantate aurait souhaité qu'elle fût écrite en fiançais. La Cour, saisissant avec une maladresse coupable, l'occasion d'aller à l'encontre des sympathies françaises de la population, émit le désir qu'elle le fût en allemand. Une solution middelmatique — Luxembourg est à quelques heures de Bruxelles — intervint et il fut décidé de commun accord qu'elle serait écrite en dialecte luxembourgeois.Il paraît que la gracieuse souveraine du Luxembourg devient, malgré sa jeunesse et sa beauté, très impopulaire. Il est évident que des faits comme celui que nous venons de signaler ne sont pas faits pour lui concilier les sympathies du peuple luxembourgeois. Au fait, ne le regrettons pas trop; n'oublions pas que le Grand-Duché fit partie de notre territoire ei que notre pays — et ! nos souverains — y sont très aimés. Alors pourquoi... un jour... ne pourrions-nous pas espérer... Mais je rêve et je m'égare. Il est vrai que si souvent les rêves deviennent des réalités... * * * Le ridicule ne tue pas... en Belgique. Nous avons annoncé qu'un olibrius du nom de Thirant avait contesté à Emile Verhaeren sa qualité de belge, et que l'illustre poète avait été mis en demeure par la Cour d'appel de faire la preuve de sa nationalité. Verhaeren accueillit, paraît-il, l'arrêt de la cour par un " Zut " retentissant. Faut-il s'en étonner? Nous ne pouvons assez admirer le sang-froid de Verhaeren. Même nous ne parvenons pas à comprendre qu'il n'ait pas envoyé la Cour d'appel au diable, en se disant, modestement qu'après tout c'est la Belgique qui est son obligée v^omrne ion "comprend, eu piestifce -uc vexations aussi gigantesquement stupides, que Maeterlinck s'enfuit vers un pays plus hospitalier. Quant à Thirant, l'illustre, l'incomparable, l'incommensurable Thirant, (qui nous a donné ce tyran-là?) le D Pourquoi Pas n se propose d'adresser à l'Administration communale de Mons une pétition pour que son nom soit donné à une des voies publiques montoises. Nous croyons que cette marque d'estime et d'admiration pour ce glorieux enfant de la Belgique (ce n'est pas, bien entendu, de Verhaeren qu'il s'agit) est manifestement insuffisante. Nous ouvrons une souscription publique pour élever un munument à la gloire impérissable du héros Thirant. Un de nos amis nous a déjà communiqué un projet qui s'inspire de la statue de St-Michel. Thirant, tout nu (comme il convient à un héros) terrassant le dragon, représenté sous les traits d'Emile Verhaeren. Au-dessus la Bêtise Humaine, tenant dans une main le drapeau tricolore et de l'autre couronnant d'immortelles le front du héros. Les souscriptions sont ouvertes : nous faisons appel à la générosité de nos lecteurs, qui s'associeront d'un élan unanime, nous en sommes convaincus, à l'œuvre de glorification du héros montois. La contagion. Après avoir longtemps cherché un Roi, les Albanais cherchent, si nous en croyons la n Chronique n une langue nationale (on turc : moederfaal). Jusqu'à présent, expose notre excellent confrère, les Albanais, ne parlant pas français ou italien, s'exprimaient en un patois, différent de ville à ville, où les désinences latines se mêlaient aux racines germaniques, voire au formes orientales. ?vlais cette variété ne pouvait convenir à un Etat homogène. Une commission s'est formée pour organiser une langue officielle. Il paraît que le souverain d'Albanie a demandé au gouvernement belge de lui envoyer une mission composée de membres de notre Académie flamande : ces messieurs ont fait leurs preuves dans la fabrication d'une langue que personne ne comprend, — pas même les populations qui snnt sensées la parler. 11 Wijle zijn van Durazzo! u ¥ * Une habile comédie. Les pangermanistes (oui, M. Jaurès, il y en a) se sont réunis il y a quelques jours à Stuttgart. L'on y a entendu des diatribes éche-velées contre la France qui serait aujourd'hui n au paroxysme de la haine n (dixit l'amiral Breusig) ; contre la Russie qui est devenue " l'ennemie principale de l'Allemagne n ; contre l'Angleterre, qui n'est pas plus épaignée que ses amies. Puis le général Keim s'est mis à faire l'éloge, à jet continu, de l'am.ée française... pour conclure à une nouvelle augmentation des forces allemandes. Ce n'est pas plus difficile que cela. Et si, à la suite d'une augmentation nouvelle des forces allemandes, la France recourt à de nouvelles mesures de légitime défense, le général Keim et l'amiral Breusig diront encore que c'est la France qui a commencé. Mais c'est devenu une malice cousue de lil blanc et seuls les membres des congrès pangermanistes s'y laisseront prendre... ou feront semblant. * * » Dédié à Hansi. M. le docteur Ehrmann, de Paris, nous a raconté l'anecdote suivante : On sait qu'en Alsace lorsqu'un certain nombre d'élèves sont aptes à recevoir leur instruction en français, le gouvernement s'engage à créer un cours de langue française. Or, c'est le professeur lui-même, qui juge de cette aptitude ! Le neveu du docteur Ehrmann, petit français en exil, rapportait toujours des notes très mauvaises en français. Mais comment et pourquoi? On lui faisait tout simplement traduire du français en allemand. Or il ne pratiquait pas beaucoup cette dernière langue et traduisait donc très mal. Conclusion I Devinez. Ne connaît pas le français, puisque ne peut rendre en allemand le sens des mots étrangers. De là inaptitude et un élève de moins pour suivre le cours de français. Pas mal trouvé? N'est-ce pas ? Un Jeu de Dupes Quel accueil, pensez-vous, les milieux wallons ont-ils réservé à la lettre que M. de Broqueville a adressé à MM. de Crawhez et Braconier pour les dissuader .(4« nrésep.tej leur candidature sur une l'iste wallonne V " Sans doute vous attendez-vous à ce qu'ils aient fait bonne et prompte justice des promesses et des serments de leur plus redoutable adversaire? Vous ne les supposez pas à ce point naïfs pour croire qu'ils se seront laissés séduire par les paroles mielleuses du ministre de la Guerre? Eh! bien, cher et fidèle lecteur, c'est ce qui vous trompe. Nous avons reçu du Comité d'Action wallonne de l'arrondissement de Liège le communiqué suivant : Le Comité d'Action wallonne de l'arrondissement de Liège ainsi qu'un certain nombre de Ligues accréditées auprès de ce Comité, viennent de voter l'ordre du j'our suivant : « Le Comité d'Action wallonne de l'arrondissement de Liège, * D'accord avec l'Union des Femmes de Wallonie, la Ligue nationale antiflamingante, la Section Liégeoise des Amitiés françaises et l'Union des Anciens Militaires de Wallonie, » Après avoir pris connaissance de la lettre adressée par M. le baron de Broqueville à MM. Braconier et de Crawliez, publiée par la vole de la presse, par laquelle il leur offre de les considérer comme « les délégués permanents des ligues wallonnes auprès du Gouvernement ». i> Prend acte des promesses que contient cette lettre. » Déclare n'avoir donné aucun mandat à MM. Braconier et de Crawliez et ne reconnaître qu'à l'Assemblée wallonne le droit de parler au nom de la Wallonie. » Et voilà oit nous en sommes! Oublié le guide bilingue! Oubliée la loi excluant les Wallons des emplois militaires ; oubliée la nouvelle loi de contrainte linguistique; oubliées les vexations, les humiliations, les provocations du ministère de Broqueville, à l'égard des Wallons ! Le collaboratenr fidèle de M. Helle-putte promet de donner satisfaction aux revendications de la Wallonie. « Embrassons-nous, Foileville » — « Oublions le passé ». L'œuvre de réconciliation nationale est en marche et rien ne l'arrêtera ! Qu'importe, n'est-il pas vrai? qu'elle se fasse sur le dos des Wallons qui auront été, une fois de plus, joués par les promesses platoniques du plus flamingant des Turnhoutois. A L'Association POUR LA CULTURE FRANCAISE Aujourd'hui mercredi,M.Jules Gautier, conseiller d'Etat, président de l'Alliance Française parlera à la tribune de l'association, à 8 h. 1/2, dans les salons de l'Hôtel Astoria, rue Royale, de « La Jeune Fille française ». Frivolités temps nous versait à flots, j'avais dirigé mes pas vers les ombrages de la forêt. J'errais à l'aventure. Dans les rayons lumineux, glissés entre les arbres, planait déjà ce petit monde bruissant et ailé qui, les premiers beaux jours venus, monte, monte dans l'air et gazouille la joie de vivre. j'errais donc loin du bruit et, plongée dans une sombre bouderie, je songeais qu'il me faudrait quitter bientôt cette paix sereine et revoir la cohue élégante des premières réunions hippiques! Que m'importe, lorsqu'il fait si bon ici, que la robe de Mme X vienne de chez tel couturier en vogue ou que celle de Mlle Z ne soit pas réussie... Toute cette foule papottante et vaine, qui ne songe qu'à « paraître », me fatigue et m'ennuie. D'ailleurs les outrances de la mode n'auront jamais en moi ni une adepte ni une admiratrice. Je proposerais même, si j'avais une certaine influence dans les milieux élégants (rassurez-vous, je n'en ai d'ailleurs aucune!) un boycottage méthodique contre les extravagances actuelles, qui rencontrerait, j'en suis convaicue, la faveur des élégantes de race. Songez donc, nos compagnes d'Angleterre viennent de lancer une mode nouvelle de jarretière en dentelles : c'est un volant descendant le long des jambes jusqu'à la cheville et qui rappelle vaguement les dentelles que portaient les mousquetaires. Pauvre, pauvre cervelle de femme à la mode, qui croirait sa réputation perdue si, n'ayant rien trouvé d'inédit, elle se voyait obligée de porter des vêtements prosaïquement pratiques. Il serait cependant très injuste de ma part de mettre toutes les nouveautés dans le même sac. A côté d'exagérations ridicules, il y a des créations délicieuses : chapeaux abondamment fleuris aux formes légères, enjolivés de rubans; capes artistiques en tissus séduisants et souples (d'ailleurs extrêmement difficiles à « bien » porter); cols médicis encadrant délicatement le visage; tailleurs façonnés et flous... En un mot mille délicatesses qui rendent la femme plus captivante, plus séduisante et — faut-il l'ajouter? — plus dangereuse encore. Le noir règne toujours en maître et communique une rare élégance à la silhouette de sylphe, souveraine du jour. Enfin, si la clémence du ciel nous est réservée, nous traverserons, j'en suis certaine, une période d'élégance et de raffinement vraiment sans pareille. Faut-il dire : « Hélas? » le vous en laisse juge. CLAIRE. En suivant les Goëlands Par la « Force Ennemie », prix Gon-court en 1905, par «Christobal le Poète», paru en 1912, John Antoine Nau avait manifesté son vigoureux talent. Son nouveau recueil de vers « En suivant les Goélands » vient d'éclairer une fois de pluscette figure originale, caractéristique, bien connue des lecteurs de la Phalange, et dont certains, même profanes, s'étaient d'ores aperçus, en ses romans, que cette phrase ardente, artiste et pittoresque pouvait bien recéler des dons rares de poète. Encore que la dédicace désinvolte feigne modestement de ne pas attribuer un très grand prix « à ces pâles récits de voyages sans importance », il conviendrait d'en souligner pourtant toute la valeur et la portée fructueuses. Comme toutes les œuvres de John Antoine Nau, et ce n'est pas un mince éloge, ce livre est une œuvre de caractère ; sans prendre rang dans l'une ou l'autre des écoles poétiques qui tentent à force de manifestes de faire prévaloir des «paradoxes». John Antoine Nau, par l'intensité seule du sentiment, par l'acuité et la subtilité de son métier plastique, accroît, merveilleusement, sa personnalité déjà notoire, Nul, depuis Rimbaud, Verlaine et Francis Jammes, n'eut à ce point le sens de la palette et l'instinct du décor. « De la musique avant toutes choses », disait jadis l'auteur des Fêtes galantes — « En des poëmes de lignes et de couleurs », écrit ici John Antoine Nau et ce vers qu'il insère négligemment pourrait être épigraphe à son recueil, tant il en définit de prime abord l'essence. Mais la couleur qu'il aime n'a pas les teintes pastellisées, les clairs lunaires des jets d'eaux et des parcs du citadin Verlaine, « les fres-quesmystiques du rural Francis Jammes.» C'est un filon nouveau, riche en vibrations fortes, en reflets imprévus f {'exotisme, en un mot, qui domine en ces pages : Zébrées par les rayons du soleil Caraïbe... Et pas la couleur facile de Loti, pas l'aquarelle, en teintes inlassablement diluées, mais le métier vivant, papillot-tant, serré du grand Kipling ou de Pierre Mille, la touche concrète qui d'une seule note synthétise un aspect d'ânte ou de paysage. Dans une forme aussi fluide que le chaînon des vagues, le poëte excelle à apparier la pensée et le rythme. Après les haltes nauséabondes dans l'Enfer des cités, des Birminghams ou des Liver-pools paroxistes, après les raids en les déserts des entêtés unanimistes et les looping the loop dans les avions du futurisme au-dessus des gratte-ciels et des vers polypodes, il est amplement doux de se bercer quelques instants au charme clair de cette strophe adéquate au jeu plastique, au schéma de l'Idée normale et simple. En mon for de classique, épris des réserves strictes et des coupes exactes, j'aime ce vers au dessin juste, et fort : * De morbidesse ample et sans profil raide, ce rythme sûr qui respectant, quand il le doit, les lois foncières, sait impeccablement. dans sa prosodie souple,utiliser en surcroîts de reliefs les libertés nouvelles. Et malgré l'arabesque et la ductilité de ce mètre léger et luministe, — versico-lore — on n'y ressent, jamais ou presque, ces heurts disgracieux et ces à-coups sans cause si fréquents au vers libre. Si l'on tient compte du dangereux écueil qu'est aux poètes modernes l'obstacle de transposer, dans une forme rythmique et belle, la banalité confuse et l'image aux miroirs multiples des cités et des rades des faubourgs et des murs, — même exotiques, — il faut féliciter John Antoine Nau, d'avoir si heureusement « fléché de lumière furieuse » leur laideur innombrable. Et point, pour réussir de tels effets, ne lui est nécessaire de disloquer sa forme, de mettreen jeu, en liberté, selon le dernier cri, les mots. Quelques licences à l'hémistiche, quelques césures mobiles, certains vers irréguliers, intercalés, campés judicieusement, sont la plupart du temps ses uniques artifices. Et souvent même, spontanément, par la seule qualité d'une eurythmie superbe, il évoque les jeux les plus exquis du magicien Verlaine : « Le vent vibrait, très lent et doux, aux [chanterelles Des cordages roidis, et les hunes cra- [quaient Rythmiquement. Puistout mollissait, longues, frêles, Les drisses, lâchement pendantes, se [choquaient... On louvoyait le long des côtes d'.un vert [tiède...» Car dans sa fantaisie, sa nonchalance native, John Antoine Nau, ce descriptif, a le sens rare du « vu », du vers vécu qui retrace un milieu, excelle à le situer et qui permet par l'épithète unique de le synthétiser en ses modalités. Ce caractère très simple en apparence, mais dévolu aux seuls très grands artistes, ce sens des dominantes, ce choix expert du trait qui confère au décor sa courbe et sa lumière, nous le trouvons à chaque instant dans ce recueil. Que ce soient de ces rues étroites et encaissées, si petites que les maisons trapues semblent empiéter parfois et être comme inscrites en la chaussée, que ce soient, bordjs d'Alger ou Souks Maures : De longues rues margées d'effroyables boutiques Et des murs gris œillés de fenêtres vivantes. ou, paysages de Corse, tout faits d'oppositions fougueuses, de contraste et de drame : Ce val si caiine, en la bataille des montagnes Bises, bronze verdi, topaze et rose feu, pour qui a vu, ce décor s'évoque toujours, intensément, en forme et en couleur, par le fait merveilleux de l'épithète aiguë, appliquée en pleine pâte, fondue, puis abaissée, pour une touche suivante, par une acrobatie particulière à Nau, et qui n'est pas sans faire penser, parfois, dans le domaine verbal, à certaines analogies ou transpositions picturales. On dirait d'un art « pointilliste ». Pas de redites ni de surcharges, aucun souci d'autodidacte. John Antoine Nau qui narre toujours ne fatigue jamais. C'est le dessin subtil de la pensée cursive qui fait l'accent du vers, le répartit en rythmes, en crée le coloris, h ligne et l'amplitude. Voici des vers encore, presqu'un croquis, pourrait-on dire, mais quelle franchise aussi et quelle allure en leur esprit. Boule de roux duvet que dore un chaud rayon, Le moineau tombe, et vient rebondir sur les dalles De la rue aux blancheurs tièdes, un peu florales Et se campa, et S'érige, et trotte à petits bonds...

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